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· Luciole321
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bibun


Le signe obscur
   
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  Publié: 10 mai 2007 à 07:26
Modifié:  19 mars 2010 à 14:08 par Lunastrelle
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C’était un lundi de juin, le temps était sec et chaud. Le ciel avait revêtu ses habits d’apparat avec une longue étoffe bleu clair qui s’étendait jusqu’à l’infini, parsemée de sceaux royaux blancs sur toute la surface. Malgré cette journée resplendissante, un jeune homme au regard perdu errait dans la colline de la méditation qui surplombait l’océan. Avec son sac sur le dos, il allait accomplir sa prophétie, son seul but était d’enterrer le passé ainsi que le présent. Son regard et son esprit étaient vides, il ne cherchait même plus un échappatoire qui n’existait pas. Il était décidé à faire le grand saut vers les horizons lointains, ceux que l’on trouve uniquement dans nos songes. Il ne voyait même plus autour de lui les animations de la vie, il était décalé du temps présent, avec comme seule idée en tête, chercher un lieu propice afin de séparer son esprit de son enveloppe charnelle. Il continuait d’un pas assuré sur le sentier de la mort, pour enfin aboutir au lieu du trépas. Tout était prémédité et réfléchi, car il a toujours su en son âme et conscience que ce jour arriverait même s’il l’avait déjà repoussé une première fois. Cependant, il ne voulait plus renouveler ce choix, cela ne servirait à rien de retarder à nouveau l’échéance, puisque rien ne pourrait s’arranger ni s’améliorer, même pas les solutions des problèmes. Il s’était arrêté essoufflé près d’un pin aux senteurs résineuses et aux larges branches épineuses. Il était au sommet de cette colline donnant un large panorama sur l’océan, il n’y avait pas plus bel endroit pour s’évader de cette immense prison terrienne. Dans ses espérances, il souhaitait mourir dans la nature, mais il fallait également qu’il puisse apercevoir de ces hauteurs, la mer, qui ont toujours été pour lui, sa source d’inspiration. Il décida de faire halte près de ce conifère aux larges branches, qui deviendrait sa potence. De son sac, il sortit la corde qui lui permettrait de savourer au sommeil du juste, ainsi qu’une chemise cartonnée bleue contenant par écrit, les explications d’un geste imposé, mais surtout les reproches envers le distributeur d’âmes qui savait dès le départ que sa vie ne serait jamais le synonyme du mot espoir. Il avait déposé la chemise abritant ses dernières réflexions au pied de l’arbre, avant d’attacher le nœud coulant à la plus solide branche, ensuite, il récupéra également son sac, son tabac ainsi que ses feuilles à rouler. Il savourait sa cigarette très lentement, puisqu’il savait que ça serait sa dernière, tout en fixant l’horizon qui allait disparaître, ainsi que ses rêves, ses espoirs, ses attentes et son étincelle de vie. Après avoir écrasé son mégot, il se mit à la recherche de plusieurs roches afin de s’en servir comme appui, avant de les envoyer au loin avec les pieds et comme cela, son corps finirait pendu à sa potence comme un pantin désarticulé. Il était à quelques secondes de son épilogue, lorsqu’au moment où il allait donner un dernier coup dans le mot espérance, des pleurs lui parvinrent, sans pour autant trouver l’origine de ces larmoiements. Il avait beau chercher du regard un visage à mettre sur ces plaintes, mais il n’y avait personne.
- Non Waren, ce n’est pas l’instant du départ, lui dit une petite voix provenant de nulle part et de partout en même temps.
- Qui est là ? Qui me parle ? Sortez de votre cachette, je n’aime pas les personnes qui épient, fit-il dans un accès de colère.
- Waren, je suis ici. Tu pourras me voir ou plutôt sentir ma présence, si tu regardes en toi, lui expliqua-t-il posément.
- Si c’est une blague, ce n’est plus drôle. Je ne sais pas qui vous êtes, mais si je vous mets la main dessus, cela ira mal pour vous, répliqua-t-il amèrement.
Il continuait à scruter les alentours, s’attardant sur les buissons cerclant cette terre sacrée, le passage de la vie matérielle au silence absolu. Pourtant, aucune manifestation physique ne trahissait une quelconque présence. Il était seul au milieu de l’immensité de la nature, seul avec sa raison, prêt à franchir l’autre rive et peut-être y trouver ce qu’il cherchait et attendait au plus profond de lui.
- Tu n’as toujours pas compris Waren ? As-tu déjà oublié qui je suis ? Tu ne peux pas me voir avec tes yeux mais avec ton âme, parce que je n’ai pas d’apparence physique. Par contre, tu pourras découvrir qui je suis et ce que je suis, si tu écoutes ton cœur et ta mémoire, lui répondit-il dans un spasme de sanglot.
- Je ne vois toujours pas ce que tu es ni ce que tu veux essayer de me démontrer. En fait, je vais classer cela sur le compte de la dépression.
- Non garçon, tu n’es pas atteint par la folie, du moins pas encore. Tu le seras lorsque j’ouvrirai les portes de l’esprit que tu as essayé de sceller, cependant je n’ai plus le choix puisqu’il faut que tu m’aides, je ne peux plus me taire à la vue de ce que tu veux faire, lui imposa la voix d’enfant.




Au départ, Waren avait répertorié cette voix dans le registre de la peur. Mais quelle peur pouvait-il bien ressentir puisque tout son être réclamait la mort. Peut-être était-ce une infime partie de sa conscience qui essayait désespérément de trouver une autre issue, parce qu’elle ne voulait pas admettre qu’il n’en existait qu’une seule, mais elle devra également s’y résoudre. Il fallait juste qu’il se détende quelques minutes afin de laisser la conscience s’accorder avec l’esprit. Alors, il desserra le nœud qui enserrait son cou et l’enleva, ensuite, il s’assit sur l’amas de pierres pour chercher une explication plausible à cette voix, pourtant si familière à ses oreilles. Il croisa ses jambes et ferma les yeux, car il devait vider son esprit de toute pensée, avant de recommencer l’acte mortuaire qui n’avait plus le droit d’échouer. Il ne réussissait pas à se concentrer à cause de cette voix infantile qu’il connaissait si bien, sans arriver à déposer un visage dessus et qui résonnait encore dans sa tête. Waren regardait encore l’infini de l’océan qui se mêlait avec le ciel. Il était enragé par ce son spectral qui tentait de faire dérailler tant bien que mal sa volonté, mais qui était-il pour se donner le droit d’empêcher la course du temps ?
- Waren, tu me fais de la peine, intervint-il une nouvelle fois dans un sanglot.
- Pourquoi pleures-tu petit garçon ? Qu’ai-je bien pu te faire pour verser autant de larmes, puisque je ne sais toujours pas qui tu es ? Si je te voyais, je pourrais peut-être comprendre, lui répondit-il d’une voix tremblante, car il commençait à rassembler les pièces et à entrevoir derrière les ombres, son visage.
- Ecoute-moi attentivement Waren. Si je suis intervenu, c’est que tu ne m’en as pas laissé le choix. Par contre, je ne suis pas ici pour empêcher ton acte puisque je connais tes motivations, mais pour que tu me rendes un service, que je ne pensais pas devoir te demander. Dès que j’ouvrirai la totalité des portes closes de tes souvenirs, je ne pense pas que tu refuseras la prière du condamné, lui confessa-t-il dans une intonation de colère entremêlée de pleurs.
- Vas-tu me donner ton identité à la fin ? Hurla-t-il dans le silence qui cernait cette paisible colline mortuaire pour marquer son impatience.
Il n’y eut pas réponse, uniquement le retour du silence opaque et pesant. Les minutes s’écoulaient pourtant le petit garçon ne réapparaissait toujours pas. Il ne restait plus que Waren et le mystère occulte d’une voix ressortie tout droit de la mémoire. Il ne voulait qu’une simple journée, profiter de cet après-midi ensoleillé pour balayer son regard une dernière fois vers les splendeurs de la nature en attendant le soir, pour enfin se diriger sans encombre d’un pas léger vers son sommeil et ses chimères éternels, en ayant plus à supporter le poids de la honte et des regrets. Mais le destin ne doit pas aimer la simplicité, il aime son contraire, il utilise la complexité afin de jouer avec nous, pauvres pantins de bois et de chiffons.
- Oui Waren, je suis bien un fantôme. Je suis juste ton miroir, le reflet de ton passé, de tes illusions et de tes espérances que j’ai essayé de protéger après la guerre mentale que tu as dû affronter, mais hélas, l’un d’entre nous est tombé durant la bataille. On ne peut plus rien changer, le cycle est rompu, donc tout est perdu. Waren est également mon prénom, sauf que je ne suis pas une personne faite de chair et de sang ni la voix de la raison du présent, mais celle du passé. Je suis encore l’enfant de ton histoire, je sais exactement ce que tu ressens actuellement, puisque je suis le gardien du souvenir. Ma véritable fonction était de prévenir les erreurs que l’on a commises afin de ne pas les recommencer. Je servais également à la survie des bons et des mauvais jours qui régissent notre vie. A présent, je ne suis plus en activité et j’erre dans les abîmes de ta mémoire. Si j’interviens en ce jour, ce n’est ni pour briser ta volonté ni pour te juger, je suis simplement apparu afin de solliciter ton aide que tu ne devrais pas me refuser, puisque cela te rendra service à toi aussi. Tu devras remettre à plus tard, ta quête d’assouvissement mortuaire, parce que je désirais juste que…
- Tais-toi gamin ! Tu n’as pas le droit, interrompit une voix sèche et grave provenant du néant.
- Qui est là ? Qui te parle ? Est-ce toi petit homme ? Questionna-t-il cette voix emplie de colère en scrutant la végétation abondante qui le cernait, et même son regard s’attarda vers le ciel en espérant y trouver quelque chose ou quelqu’un qui pourrait résoudre ce mystère.
- Non, ce n’est pas moi Waren, lui chuchota l’enfant hésitant et effrayé.
- Qui est l’autre ? Qui t’effraie ? Réclama-t-il vivement en haussant le ton, en se faisant passer aux yeux du monde pour un schizophrène, mais ce n’était certainement pas dans cette colline de la méditation qu’il allait rencontrer une foule hostile.
Il se leva et cria à plein poumon en tournant sur lui-même, le visage dirigé vers le toit du monde. Il avait la rage au cœur d’avoir échoué une nouvelle fois son désir le plus profond, son esprit et son corps erraient près de ce pin qui aurait dû être libérateur. Waren avait comme seule compagnie, les minutes sombres qui s’écoulaient inlassablement en attendant une nouvelle manifestation de l’enfant ou devrait-il plutôt l’appeler son égo, mais quelle importance. Vingt heures venaient de sonner, un vent frais s’invita avec elle et il n’y avait toujours aucune trace du petit soldat ni de cette deuxième voix énigmatique. Le ciel se voilait de teintes sombres en même temps que le soleil éteignait ses flammes dans l’océan, et celui-ci profitait de cet intermède pour revêtir son pyjama d’or et de lumière.
- Veux-tu m’aider Waren ? Je t’en conjure, interrogea son petit égo d’un ton implorant.
- Pourquoi me laisser dans l’ignorance petit garçon ? Répondit-il amèrement. Pourquoi ne me laissez-vous pas en paix ? Qui est la deuxième voix ? Pourquoi ne me réponds-tu pas ? Réitéra-t-il le souffle court.
- Non Waren, ne l’écoute pas. Fais ce que tu avais écrit, continue ton chemin, nous y étions préparés. Il n’y a plus rien derrière nous, poursuis ta route, c’est tout droit et advienne que pourra, lui déclara la voix du néant dans le langage du haut parlé.
- Ecoute-moi bien petit, toi qui te dis gardien du souvenir. Manifeste-toi à nouveau, j’exige des explications. Je veux tout savoir, sinon tu pourras aller te faire voir au diable en amenant avec toi, ton frère sans nom. C’est terminé à présent les mystères ainsi que les cachotteries, il est temps de s’asseoir et de retourner les cartes, lui dit-il le plus glacialement possible.
- Tu ne crois pas qu’il est temps de lui fournir toutes les explications de notre existence, je pense qu’il devrait connaître la vérité. Je sais que je n’avais pas le droit d’intervenir, mais maintenant, le mal est fait. Veux-tu qu’il prenne le risque de survivre ? Une fois que tout sera mis au clair, je suis certain qu’il pourra sans regret abandonner la vie matérielle pour d’autres contrées, clama le gardien du passé à l’individu terré.
- Oui, à cause de toi nous n’avons plus le choix, il nous faut dévoiler nos identités et nos fonctions. Pourquoi m’avoir condamné petit ? Tu avais le devoir de me prévenir et surtout de me demander mon avis. Connais-tu notre supplice pour avoir pris le risque de trahir notre engagement à protéger les mémoires du continent sacré ? Nous avions encore la possibilité de parcourir les terres de l’apaisement, mais par ta faute, nous allons goûter au néant jusqu’à plus soif, répondit le gardien anonyme colérique.
Waren attendit une réponse de l’enfant aux questions soulevées par son double sans atome, cependant il n’en fit rien.




La nuit prit sa place en enveloppant de toute son immensité, les moindres recoins de la scène terrestre par ses teintes sombres et lugubres. Il ne ressentait plus les odeurs et le sifflement du vent dans les feuillages, Waren profita de cet intermède pour savourer pleinement cette accalmie. Il avait tout le temps à méditer les paroles du petit soldat afin de résoudre quelques points obscurs, toutefois, il y avait trop d’énigmes à élucider pour comprendre ce phénomène irréaliste.
- Waren c’est moi, le gardien du passé. As-tu bien pris le temps de réfléchir ? Nous avons convenu que je te narrerai toute notre existence afin que tu aies l’esprit plus serein pour continuer ta route, s’expliqua-t-il posément.
- Dis-moi petit gardien, qui est « nous » ? Depuis le temps que j’attends tes explications, tu pourrais tout de même me dire à qui j’ai à faire ?
- Sois patient garçon, tu as su attendre jusqu’à présent, donc tu peux patienter encore quelques instants pour avoir l’intégralité, tu ne crois pas ? Exposa l’enfant toujours dans un ton limpide.
- Si, je peux m’y résoudre, mais ne mets pas une éternité à fournir tes justifications, rétorqua-t-il exténué.
- Pourquoi être si impatient ? Nous avons toute la nuit pour converser, à moins que l’on t’attende quelque part condamné ? Le réprimanda-t-il avec virulence.
- Non, je ne vais qu’au trépas, mais…
- Es-tu donc si pressé que cela de laisser pourrir ton enveloppe à ta potence ? L’interrompit-il sans vergogne. Que crois-tu qu’il y ait de l’autre côté, « festin et ambiance » ? Si tu penses de cette façon, tu te fais de sacrés illusions, poursuivit-il toujours dans une intonation criarde.
- Je n’ai plus rien à espérer, je me fous complètement de ce qu’il peut y avoir sur l’autre rive. Je veux juste en terminer, cela n’a que trop duré, lui asséna-t-il dans un hurlement.
- D’accord, d’accord, je m’excuse. Je passe ma colère sur toi, alors que c’est à moi que j’en veux le plus, bredouilla-t-il ces quelques regrets sans y mettre trop de sincérité. Je suis vraiment désolé Waren, réitéra-t-il avec un plus de conviction.
- Qu’y a-t-il gamin ? Qu’est-ce qui te tracasse ainsi ? Le questionna-t-il calmement.
- Ce n’est rien Waren, tu le comprendras bien assez tôt, ne t’inquiète pas, lui répondit-il gêné. Tout d’abord, je vais te laisser quelques instants de réflexion afin de pouvoir élargir tes horizons de compréhension. Ce dont je vais te dire et surtout te révéler ne sera qu’une partie de plaisir par rapport à ce qui t’attendra par la suite, parce que je devrais te proposer ma requête et pour ce faire, étant le gardien du passé, je suis le seul à pouvoir ouvrir la porte des secrets, mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, il faut méditer sur une question primordiale au bon déroulement de la vérité, car je ne dois pas être le seul à dévoiler mes secrets. Toi également, il te faudra passer aux aveux. Je ne te poserai qu’une seule question dont je connais déjà la réponse, toutefois, je veux l’entendre de ta bouche. Quels sont les événements qui t’ont conduit en ce lieu ?
- Pourquoi m’interroger puisque tu connais déjà la vérité ? A quoi cela te servira ? Le questionna-t-il furieux, parce qu’il essayait de piller un territoire qui n’était pas le sien.
- Calme-toi garçon, je vais m’expliquer. Si je te pose cette question, c’est pour te préparer à cette interminable nuit de reproches. Oseras-tu fournir les raisons de la mort de l’un d’entre nous ? Ce n’est pas entièrement de ta faute, mais tu y as tout de même contribué. C’est pour cette unique raison que je réclame une réponse, afin de rattacher tous les maillons de la chaîne et que tout puisse s’éclaircir à tes yeux. Je connais tes moindres pensées, mais as-tu réfléchi à toutes les alternatives ? Renchérit-il en laissant filtrer un sanglot.
- Me demandes-tu si j’ai envie d’en sortir vivant ? Tu sais, il y a tellement de mots qui se bousculent dans ma tête (libération, courage, espoir…), cependant je ne possède plus assez de force pour lutter et soulager mon esprit. J’en suis au point de ne plus différencier une victoire d’un échec, tout est fade. Alors, faut-il vraiment que je m’étende sur ta question ? Je ne répondrai que par une simple phrase : « Je n’ai plus rien à perdre ».
- Tu vois Waren que tu as des choses à dire et surtout à te reprocher, puisque tu as parlé de « libération ». Ce n’est pas tout de te cacher la vérité ou de prendre des routes parallèles, car un jour tous les chemins et sentiers de secours se terminent en intersection, puis il faudra qu’à un moment de ta vie, tu sois franc au moins avec toi-même. Accorde-toi ce répit avant ta résolution. Apaise ta conscience présente avant de t’attaquer à celle du passé, ne t’affronte pas aux deux en même temps, tu ne pourras pas remplir ton rôle jusqu’au bout. C’est pourquoi, je vais te laisser résoudre tes angoisses pendant une heure ou deux avant de te divulguer ma vie, mon rôle et ma requête. A tout de suite garçon, pense à tout ce que je t’ai cité.
- Non, ne pars pas petit enfant, il faut…
- Ne t’inquiète pas Waren, le coupa-t-il dans son désespoir. Même si je ne communique pas, je t’écouterai, que tu t’exprimes à haute voix ou dans tes pensées. J’entends tout, ne te fais pas de soucis, je suis en toi, le soulagea-t-il rassurant.




Waren avait froid au beau milieu de cette nuit éternelle, à cause du vent glacial venu du nord et de l’humidité de l’air qui imbibait ses vêtements. Il ne portait qu’une chemisette et un jean, parce qu’il n’avait pas prévu de s’éterniser à expédier cette tâche. Cependant, il ne lui restait plus que quelques heures à tirer avant de s’échapper vers l’autre versant, mais il ne pouvait pas s’évader avant de connaître les vérités.
- Oui petit gardien, je vais aussi dire mes vérités. Je ne te promets pas de tout te divulguer. Il y a des choses que je ne pourrai pas dire, car tout est confus dans ma tête et il y a également des vérités que je ne souhaite pas avouer. Pourtant, je sais pertinemment que si j’arrivais à me libérer, j’aurais l’esprit en paix pour partir, mais il me reste un peu de dignité. Je sais que précédemment, je t’ai affirmé n’avoir plus rien à perdre, cependant la dignité ne rentre pas en ligne de compte, puisqu’elle ne peut pas nous faire vivre, attesta-t-il d’une voix monocorde qui errait dans l’infini de la nature.
- Je sais déjà tout ça. Essaie de faire de ton mieux, suis ta route condamné, tu en verras bientôt le bout. Maintenant, c’est à toi d’abattre tes cartes, le conseilla-t-il sereinement.
- Oui, il est temps de donner un mot à mes démons. Ecoute-moi bien gardien du passé, petit soldat d’amertume, je ne parlerai qu’une seule fois sans revenir en arrière, telle est ma condition, clama-t-il d’une voix grave.
Waren essaya de se concentrer en balayant de son esprit, les bruits nocturnes et le froid qui l’oppressaient afin de méditer sur les questions de son égo. Il ne savait pas par où commencer, mais il lui fallait une réponse, alors il prit une large inspiration avant de narrer son passé, enfin quelques bribes.
- Je suis né il y a plus d’une vingtaine d’années, avec ces deux décennies, j’ai également traîné le tourment ainsi que la mélancolie. Il n’y a pas un jour où j’arrive à trouver la paix, puisque je suis constamment à la recherche de mon identité, ainsi que de ma place dans ce monde, qui à mes yeux est un pénitencier. Si mes géniteurs au jour de ma procréation s’étaient abstenus, la vie aurait évolué de la même manière, rien n’aurait changé. Lorsque j’étais encore enfant, je me réfugiais souvent dans le pays de mon esprit, parce que la réalité ne me correspondait pas. Je détestais ce que j’étais et où je vivais, j’ai appris à tarir mes larmes en refoulant mes émotions ainsi qu’à haïr. Même aujourd’hui, la rancune n’a de cesse de me posséder, mais à quoi peut-elle bien me servir ? Plusieurs fois, j’ai voulu en finir avec cette vie, mais j’ai échoué. Est-ce que ma volonté n’était pas assez puissante ? Je n’en sais rien. Pourtant, le désir me pousse irrémédiablement vers la mort, je n’arrive pas à changer les polarités de cette attraction. Je pense même n’en avoir pas envie, car si c’est pour traîner une carcasse sans avenir, autant renoncer maintenant, plutôt que de s’accrocher à l’espoir, qui ne faisait pas parti de mes atouts au commencement. J’ai voulu exorciser le mal, la haine et la rage en les retournant contre moi. A présent, ces facteurs n’en représentent que la moitié et la seconde partie est attisée par ma propre personne. Oui petit soldat, c’est ce que tu attendais, tu voulais que j’avoue ma culpabilité et bien, c’est chose faite. C’est pour ces raisons que je me suis condamné sans attendre la justice des hommes, mais je suis certain qu’elle aurait abouti en ce sens. La moitié de mon être est coupable de mon choix de vouloir raccourcir mon espérance de vie, mais le passé est autant responsable. Je ne désire plus être qui je suis, et ainsi mettre fin à mes cauchemars que je fais lorsque je suis éveillé. J’ai connu la peur, la douleur, la honte, l’ignorance et je continue à souffrir du présent. Le tourment m’a pourchassé depuis que j’ai l’âge de subir, maintenant je dois supporter un autre tourment qui me colle à la peau et que je n’arriverai pas à ôter, parce qu’il fait partie de moi et je devrai vivre avec jusqu’à la fin de ma vie naturelle, mais je n’en veux pas. On m’a fait croire qu’il n’existait plus d’espoir pour moi, alors j’ai fait du pessimisme ma seule vision de l’existence. On m’a également enseigné qu’il valait mieux fermer sa gueule ou alors que je disparaisse sans revenir ni trahir, plutôt que de parler de soi-même. Je ne me souviens plus comment il est apparu exactement ou qui aurait pu me le créer, mais il est là et à quoi bon trouver son origine, il ne disparaîtra pas pour autant. Alors, la seule solution qu’il me restait était de me faire un procès, où j’étais le juge, les jurés et ainsi j’ai pu réclamer la seule condamnation qui pouvait réparer le passé et le présent. Cette sentence fut la mort, donc il me faut accomplir la peine prononcée à mon encontre, je n’ai plus le choix. Je pense en mon âme et conscience avoir mérité ce châtiment pour les raisons invoquées, d’hier et d’aujourd’hui. J’ai répondu à ta question gardien du passé, ce n’était peut-être pas ce que tu attendais, mais avant de partir, j’arriverai peut-être à avouer dans les détails, ce que mon esprit renferme et dissimule. C’est à toi maintenant de te manifester et d’affronter ton miroir.




Waren termina son réquisitoire, qui ne faisait que commencer à le démolir physiquement et moralement. Il s’assit en joignant ses jambes contre son torse et il déposa sa tête sur ses genoux pour ainsi se blottir afin de contrer les attaques du froid, mais surtout, afin d’échapper à la réalité. Des larmes roulèrent sur ses joues, il fut surpris de ces pleurs, car il y avait tellement d’années qu’il n’avait pas senti ces eaux tièdes couler le long de son visage, et il avait également oublié le goût amer qu’elles procuraient. Tant d’années s’étaient écoulées depuis ses derniers larmoiements, Waren pensait même que ses yeux s’étaient taris de toute émotion. Pourtant, il avait déjà eu les yeux rougis par la rage profonde, mais le puits de l’innocence lui semblait-il s’était épuisé. Son immense tristesse provenait de tout ce qu’il avait voulu dissimuler dans sa mémoire, mais il venait de se projeter contre le mur de la vérité, en se remémorant ses années de petit garçon, le tout dans une cacophonie terrifiante. Toutes ces périodes que l’on voudrait enterrer et exorciser, cependant elles nous rattrapent, nous enserrent la gorge et assènent notre mémoire, alors nous n’avons pas d’autre choix que de subir. On ne peut pas sortir de la séance, car une fois le film commencé, on est obligé de le visionner jusqu’à la fin. Une fois la projection terminée, on est toujours confronté à cette puissante claque qui nous projette par terre et à chaque fois, une partie de nous-mêmes n’en sort jamais indemne. Ces images que nous voudrions bannir, ne font qu’attiser le feu de notre désespoir et nous consumer toujours un peu plus, jusqu’au point où l’insurmontable n’est plus supportable, alors c’est à chacun de prescrire son remède. La nuit l’enveloppait, et il sentait la peur l’envahir, pourtant ce n’était pas le noir qui le terrifiait, mais plutôt lui-même, à cause de sa prise de conscience dans sa recherche du grand voyage, parce qu’il avait toujours voulu accuser le passé, cependant il n’était pas seul responsable de sa condamnation, sa vie actuelle y avait contribué, au même titre que ses anciennes années. A présent, Waren fixait le pli des vagues reflétant par des formes éclatées, le reflet du croissant de lune, et les étoiles tachetaient ce tableau de l’éternel recommencement. Il essaya de s’ôter toute pensée, en concentrant sa vue sur cette toile de notre naissance. Malgré tous ses efforts, Waren continuait à être hanté par ses propres révélations, mais il ne détenait qu’une partie de la vérité, son égo le gardien du souvenir, détenait les fragments de l’histoire incomplète. Le temps était interminable et insupportable à force d’attendre la dernière manifestation de la voix de la raison du passé. Il n’y avait pas que son cœur qui patientait, son âme attendait également son heure.
- Je ne te faisais pas attendre condamné, j’écoutais parler ton être, lui confia-t-il tristement.
- C’est toi que j’attendais, car cela fait un bon moment que j’ai fini de conter ma version, lui lança-t-il en refoulant une autre larme tellement rare dans son désert de jeune homme.
- Laisse-toi aller à pleurer Waren, laisse s’écouler la vérité, évacue la dure loi de la réalité, lui gémit-il.
- Je pense avoir versé assez de larme sur une vie qui n’en vaut vraiment pas la peine, car rien ne se modifiera, c’est ainsi. Tu vois petit soldat, j’ai même de drôles d’idées qui me traversent l’esprit. Je médite sur une autre issue, pour me convaincre qu’il me reste des choses à accomplir. Je veux me persuader qu’il existe un lieu que je ne connais pas encore et qui serait fait pour moi, mais je ne sais pas où aller ni même où chercher, alors qu’au fond de mon cœur, je sais que je n’ai plus rien à attendre ni à espérer. Les faux espoirs sont aussi cruels que la réalité, annonça-t-il froidement.
- Waren, quand on ne sait pas où aller, la meilleure solution est de rester là où on est, car…
- Mais il n’y a rien ici, à part ma potence et mes écrits, lui répondit-il en lui coupant la parole.
- Oui, c’est exactement ce que je voulais te faire remarquer, il n’y a que l’odeur de la mort qui plane en ce lieu maudit. Etant l’un des trois gardiens de ton esprit encore vivant avec l’autre, je ne te mentirai pas. Que crois-tu qu’il y ait ailleurs ? Tu ne pourras jamais trouver ta place parmi tes frères, parce qu’ils ne sont pas ceux de ton espèce, mais ce sujet là, j’y reviendrai plus tard. Quoi que tu fasses, où que tu ailles, l’image de la mort te pourchassera jusqu’à ce qu’elle obtienne satisfaction. Console-toi et fais-toi une raison, car tu n’as pas le pouvoir de réparer ce qu’il s’est produit, lui confessa le gardien du passé de sa voix la plus solennelle.
- Je sais que tu as raison petit garçon, toutefois c’est ta présence qui m’a fait douter. Si tu n’étais pas intervenu, tout serait déjà classé, je ne sais pas si j’ai envie d’écouter ton récit gardien, je suis impatient de me réfugier dans le silence.
- Garçon, écoute-moi, que tu entendes mon histoire ou pas, cela ne changera rien pour ton âme, puisque je l’ai condamnée par mon égoïsme, mais je voulais à tout prix te proposer ma requête, qui est plus importante que notre âme à mes yeux. Si tu le désires, je peux te laisser un instant de réflexion et après je pourrai peut-être te narrer l’existence des gardiens de l’esprit et à quoi, puis à qui nous servons. Acceptes-tu ma proposition condamné ?
- C’est d’accord jeune garçon, je vais me pencher sur ta requête, cependant, je ne te promets pas de rester, rétorqua-t-il impassible.
- Merci d’y réfléchir, mais souviens-toi aussi que tu n’as plus rien à perdre, alors cela ne changera rien de connaître mon récit ? Je vais te laisser quelques minutes, parce que maintenant, le temps est important. Ne perds pas les quelques instants que je t’accorde à me répondre, tu as ton destin entre tes mains, médite plutôt sur cela, lui gratifia-t-il inquiet.
- Très bien gamin, j’ai bien reçu le message. On coupe le contact.




Waren apprécia les minutes de réflexion que lui concéda de nouveau sa raison passée, il en profita pour se remémorer quelques chaleureux souvenirs d’hier avec ses amis, qui malgré son acte, le resteront. Il se souvint avec nostalgie de ces moments inoubliables, de leurs fous rires, de leurs discussions, de leurs sorties, de leurs partages, et surtout, de leur amitié. Mais hélas, ces heures d’amusements se sont estompées, parce que le passé et le présent ont cédé leurs places au futur, dont il ne lui appartiendra jamais. Il savait bien qu’un jour ou l’autre, leurs joies de camaraderies deviendraient de lointains souvenirs pour laisser le chemin, au destin de chacun. Waren ressent avant tout du bonheur pour les personnes qu’il a connues et aimées, d’avoir réussi leur vie, aussi bien sur le plan affectif que financier. Cela le réconforte, qu’au moins eux, aient abouti vers du concret, et ne pas se perdre comme lui à chercher de réveiller les vieux fantômes du passé afin de les combattre, alors qu’il a fini par découvrir bien malgré lui, que c’était une partie perdue d’avance. Waren sait que ses amis lui manqueront, d’ailleurs c’est la chose qu’il regrettera le plus, mais où qu’il aille, il conservera et protègera dans un coin de son âme, les souvenirs impérissables de notre destinée, qui les a fait se rencontrer. Il se culpabilise de les abandonner et qu’ils se demanderont, quel est le facteur qui a déclenché sa soif d’évasion ? Mais, il n’est pas certain de vouloir fournir des explications à ses actes, sans pour autant s’incriminer et rajouter de la peine à ses amis. Peut-être qu’avant de mourir, il trouvera une once de courage, pour enfin se libérer d’une vingtaine d’années de cauchemars et d’angoisses. Il y a en chacun de nous, des vérités que nous désirons cacher, parce que nous en avons honte. Quelquefois, nous angoissons à l’idée que ces vérités éclatent au grand jour, cela nous procure une peur panique terrible entremêlée de sueurs froides. Nous avons même envie dans ces moments là, de vomir nos tripes. La paranoïa nous gagne, nous sommes terrifiés à la pensée que ce soit nous, qui causions notre propre perte. Qu’un jour, nous ne soyons plus capables de contrôler nos paroles et d’avouer nos pires défauts, tout ça, par crainte de ne pas pouvoir arriver à fermer sa gueule, jusqu’à que la mort nous emporte et nous soulage enfin, de cette torture cérébrale. Pour l’aider, Waren s’était servi de plusieurs méthodes de « thérapies », qui ont pour l’instant, toutes échouées. Il a essayé le mutisme, la poésie libre ainsi que l’écriture, afin d’avouer et tenter d’apaiser sa conscience. Mais ces tentatives de confessions sur papier ont avorté. Il reste prisonnier par ses mensonges, de devoir détourner les conversations afin de préserver les secrets qu’il dissimule, plus par honte du regard des autres que par crainte. Alors, il n’a plus le choix que d’exterminer le mal à sa racine, avant de dénoncer l’irréparable sur son existence. Même s’il avait avoué, Waren reste convaincu que cela n’aurait rien changé et que l’issue serait restée la même, car il n’aurait pas pu continuer sa route, accompagnée uniquement par sa solitude, ses démons et ce qu’il est. Son seul regret aura été la peur. La peur qu’il aurait pu éviter, s’il avait eu la franchise de pouvoir et savoir s’exprimer, de mettre des mots simples sur ses douleurs morales. Waren resta silencieux avec une respiration lente afin d’écouter le bruit et le mouvement des vagues qui venaient s’éclater contre les parois rocheuses, car il aimait plus que tout cette symphonie, cela l’aidait à atténuer ses colères tumultueuses intérieures ainsi qu’à relaxer son corps. Après avoir pesé le pour et le contre de la proposition du gardien du souvenir, il était fin prêt à affronter les paroles du petit patriote. Une fois son discours terminé, il pourra enfin retourner à ses occupations de marionnettes et donner ainsi, sa toute dernière représentation en simple mortel, puis achever le final du spectacle dans l’au-delà.
- Je suis prêt petit soldat. Le temps joue en ta défaveur, il ne s’écoule plus, il court, je ne le retiens plus. La course est lancée et quoiqu’il se passe, je franchirai l’arrivée, dit-il symboliquement à son égo planqué dans les profondeurs de son esprit.
- Crois-tu être vraiment prêt à tout entendre Waren ? Et bien moi, je ne le pense pas, mais c’est mon point de vue ainsi que celui du gardien du jugement. Cette fois, c’est à mon tour de retourner mes cartes et d’avouer les responsabilités de notre présence, j’ai bien dit toutes mes cartes. Cela veut signifier que je vais devoir t’opposer une confrontation avec ton passé, donc je reste sur mes positions en déclarant que tu n’es pas prêt à tout encaisser, lui clarifia-t-il sarcastique.
Waren ne prit même pas la peine de lui répondre, il ne sait toujours pas si la fatigue y contribua, mais cet instant là, ses lèvres restèrent scellées. Il s’était entouré d’une tour de Babel, où les murs s’érigeaient jusqu’au ciel, la voix de l’enfant ne l’atteignait plus, tant elle était lointaine. Il s’était roulé une cigarette et il appréciait de se complaire dans son monde sans autre âme que la sienne.
- Waren, nul édifice n'est indestructible. Tu pourras toujours essayer de te protéger avec n’importe quelle barrière mentale, cela ne te servira à rien. J’ai assez de puissance pour briser toutes tes tentatives de sauvegarde. Le train est en marche condamné, plus rien ne pourra l’arrêter tant qu’il n’arrivera pas à sa destination finale. Cesse de fuir, il n’y a plus d’endroits où se cacher, il est temps de monter à bord et de le laisser rouler jusqu’à bon port. Redescends sur terre et affronte une dernière fois ta réalité, lui ordonna le gardien sans nom de sa voix morte.
- Qui es-tu toi qui te fais fantôme ? Tu apparais comme ton colocataire, sans invitation. Te prends-tu pour un prophète dictant les saintes paroles ? Ecoute-moi bien esprit anonyme, vous n’êtes rien pour moi, et tu te permets de dénoncer les défauts des autres, mais es-tu capable d’utiliser cette formidable capacité d’analyse sur ta propre existence ? Lui lança-t-il énervé.
- Maintenant Waren, sers-toi de ton ouïe. Ce que j’aime chez toi, c’est ta reconnaissance. Je suis le deuxième gardien de la raison, toutefois je laisserai le soin à l’enfant de te raconter ma fonction. La seule chose que je rajouterai, c’est que sans notre existence, les êtres de ton espèce ne seraient que des épaves sans vie, alors sois un peu plus respectueux envers tes conseillers condamné, lui envoya-t-il dans un froid intense.
Waren ne put trouver les mots pour lui répondre après ce point de précision. A ce moment, il ne savait plus qui était le maître du jeu. Quelle est la fonction de chacun ? Plusieurs autres questions vinrent l’assaillir de toute part, sans qu’il puisse découvrir des réponses cohérentes, puisque désormais, la réalité et la fiction étaient égalitaires.
- Cesse de l’importuner, ordonna l’enfant au gardien du présent. L’heure n’est plus aux querelles ni aux règlements de comptes, il est temps de se débarrasser des réponses. Mais si tu veux absolument continuer dans cette voix, je me tairai et garderai pour moi, les innombrables informations en ma possession. Veux-tu prendre le risque de tout lui raconter et continuer à survivre dans le néant, sans rémission possible ? C’est à toi de décider juge, toutefois il me faut une réponse immédiate, alors dépêche-toi de peser le contenant, de toute façon, cela ne doit pas beaucoup te dérouter du quotidien, n’est-ce pas ?
- Si tu le prends ainsi petit soldat, je m’incline, mais je te laisserai te débrouiller seul. On verra alors, comment tu t’en sortiras.
- Merci l’ami, je ne voulais pas te parler aussi sèchement, cependant j’ai changé le cours de l’histoire et je n’ai plus que quelques heures pour réparer mon erreur, s’excusa-t-il auprès de son compagnon d’infortune.
- Avez-vous fini de converser ? Comme cela, on pourrait peut-être passer à des propos plus sérieux, tu ne crois pas gardien du souvenir ?
- Oui, tu as raison. Tu as droit à la vérité, lui accorda-t-il posément.




Waren était arrivé au dénouement de cette malencontreuse aventure et il s’était roulé une autre cigarette. Il avait le regard évasé, plongé vers le lointain en attendant patiemment l’aboutissement de cette interminable nuit de reproches, bouleversée par beaucoup trop de rebondissements, mais après, il pourrait enfin se diriger sans appréhension vers l’échafaud et tirer un trait définitif sur l’inutile.
- Ne sois pas si pressé de partir, tu pourrais rater l’essentiel, lui confia l’enfant dans un élan de tristesse. Oui Waren, tu n’as peut-être pas pensé à laisser un testament.
- De quoi parles-tu ?
- Tu poseras cette question plus tard Waren, maintenant il me faut m’amender et laisse-moi finir avant de me questionner. C’est d’accord ? Lui demanda-t-il abattu.
- Je ne te couperai pas, c’est promis. Vas-y, je t’écouterai avec mon cœur.
Il lui fut impossible de lui refuser ce service, tant la peine contenue dans la voix de l’enfant était lourde d’émotion. Waren ne connaissait pas encore ses révélations, mais il se doutait qu’elles devaient le marquer profondément pour en parler avec des larmes. De ces larmes emplies de colère et de révolte, engendrées par de trop longues années de silence.
- Merci Waren, j’apprécie ton geste. Laisse-moi juste une minute pour me relaxer, ensuite je passerai aux aveux, lui proposa-t-il d’un timbre grave.
- Sans problème petit, je pense qu’on est plus à une minute près, répondit-il sans hésitation.




Les bruits nocturnes aux alentours étaient entrecoupés par la forte respiration de l’enfant, en longues inspirations et expirations, jusqu’à l’instant où il reprit la parole pour terminer cette dernière nuit, qui pour Waren, était la plus étendue qu’il aura dû affronter.
- Tu as pu constater que les vérités ne sont jamais faciles à dire et je ne sais même pas par où commencer. Je débuterai donc mon récit au tout début. Ce morceau de chapitre ne te concerne pas vraiment, mais il est bon que tu saches l’intégralité de ton, plutôt notre histoire. Le chapitre final est le seul qui nous relie, mais s’il te plaît, écoute mon récit dans son intégralité. Ne t’attarde pas à me répondre, je suis certain que tu m’as entendu, et puis chaque seconde est précieuse.
Le petit patriote se tut un moment pour s’acquitter d’une très large expiration qui résonna dans mon crâne avant de reprendre :
- A l’aube de la création de la planète, trois nouvelles races apparurent parmi l’espèce humaine qui peuple la terre, créées par un être mystérieux dont nul ne connaît son identité ainsi que ses motivations, même pas nous. Tout ce que je sais, c’est que cet être supérieur, notre créateur pour être plus précis, n’appartient à aucune religion existante, antérieure ou future, et il n’agit pas non plus sous les ordres d’une divinité mais en son propre nom. Ces trois nouvelles ethnies qui résident à présent sur le monde, se composent en deux groupes distincts, mais comportant trois espèces différentes. La première lignée qui renferme le plus de membres est faite uniquement par des hommes semblables entre eux et quelque soit leur âge, appelés les Gémeaux de l’ombre auxquels tu appartiens. Ce groupe est le seul visible parmi les autres, leur rôle s’arrête à l’aide qu’ ils doivent apporter auprès des êtres de lumière, qui constituent la majorité de la population du globe ainsi qu’au témoignage de tout ce qu’ils auront vu ou entendu au cours de leurs activités. La deuxième, à laquelle je fais partie, appartenons à l’espèce des spectres, parce que nous ne possédons pas de corps physique. Nous sommes les résidants se jumelant à ta race, plus particulièrement dans l’esprit des Gémeaux, donc à l’intérieur de toi également. Les gardiens de la raison sont normalement au nombre de trois, la voix du passé, du présent et du futur, que toi, tu ne possèdes plus. Chacun de nous possédons une caractéristique bien précise dont nous avons été investis afin de vous épauler et vous aiguiller lorsque vous débutez votre nouvelle quête, du passage de la lumière à une vie d’obscurité. Le gardien du passé, mon rôle dans ton être, prévient les erreurs que vous avez pu commettre afin de ne pas les refaire, et il est aussi le détenteur des souvenirs, mais ça, je te l’avais déjà expliqué. Le gardien du présent sert d’intermédiaire aux deux autres, il reçoit les informations et il les analyse, afin de choisir la meilleure stratégie à suivre. Il peut également juger ainsi que reprocher et culpabiliser. Le gardien du futur, vous permet de construire votre avenir et ainsi anticiper les actes pour vous aider à réaliser le travail qui vous a été confié. A l’origine, votre race ne soupçonne même pas notre existence ainsi que de la dernière lignée dont je ne t’ai pas encore parlé, mais j’y reviendrai plus tard, parce que lorsque tous les gardiens sont réunis dans un même esprit, il leur est impossible de communiquer librement avec vous. Toutefois, lorsqu’une ou voir deux raisons disparaissent, il leur est accessible de parler avec l’être avec lequel ils cohabitent. Ces trois rôles différents ne servent qu’à conseiller les personnes que vous rencontrez et que nous aidons en nous exprimant à travers vous, ainsi qu’à vous épauler tout au long de vos sinistres vies, dont toi tu ne connaîtras jamais puisque ton maître est mort. D’ailleurs je ne comprends pas que tu sois encore en vie, mais là c’est une trop longue histoire que nous n’avons pas le temps de développer. Au commencement, tous les Gémeaux appartiennent à la race humaine avant de basculer de la lumière à l’ombre. Par contre, je ne sais pas comment s’opère votre sélection, en tout cas, votre seul point commun est que vous possédez tous un passé très lourd et que tout se déroule bien avant votre naissance, du fait de votre ressemblance. Dès qu’un individu est choisi afin de renouveler les Gémeaux tombés, nous apparaissons dans l’esprit de celui-ci dès sa venue au monde. Nous possédons une connaissance innée d’une part de la vérité concernant, la vie des Gémeaux, de leur œuvre, des peines accumulées depuis leur venue au monde jusqu’à leur mort. Nous seuls connaissons les exactitudes de leur quête et nous les guidons au fur et à mesure de leur progression d’aide, d’humilité ainsi que de respect envers les hommes qui peuplent la planète. Puis quand arrive l’heure de s’éteindre, nous les conduisons jusqu’à leur sanctuaire pour qu’ils puissent enfin savourer la paix du repos éternel et leur amener toutes les réponses aux questions mystérieuses que leur vie pouvaient engendrer. C’est à ce moment que tout le monde peut étancher sa soif de compréhension, aussi bien votre espèce que la nôtre, car nous non plus nous ne connaissons pas les révélations finales, de savoir qui se cache derrière tout ça ? Ce qui rend le problème plus complexe c’est que la religion n’a rien avoir là dedans, alors est-ce un homme ? Une femme ? Un Gémeau ? Mais qui l’aurait Créé ? Pourquoi un tel silence sur ces activités occultes ? Je ne le sais pas. Maintenant, j’en viens à la dernière lignée qui achève notre civilisation invisible, cependant je ne pourrai pas t’en apprendre beaucoup car là également, il réside des scellés sur leur existence. Tout ce que nous savons c’est que cette race est composée uniquement par une poignée de femmes, leur nombre m’est inconnu, toutefois il n’est pas aussi important que ceux des Gémeaux. Je ne pourrais même pas te dire à quoi elles ressemblent, par contre tout ce que je sais, c’est que si nous les avions déjà rencontrées, nous ne serions plus là pour en parler. Si un Gémeau était amené à rencontrer un jour les Pléiades, tel est leur nom, il ne découvrirait que la mort. Je ne te dirai pas pourquoi il est préférable de les éviter ni quel est leur rôle dans tout ça, parce que je ne le sais pas. Depuis neuf ans maintenant je me tais, alors que j’aurais pu le faire à cette époque quand le gardien du futur s’est éteint. Je restais cependant en retrait en attendant et surtout en espérant que tu te reprendrais en main pour ne plus te laisser marcher dessus par le passé, mais tu n’as rien fait, tu t’es laissé faire comme toujours. Alors j’ai dû intervenir lorsque j’ai vu que tu étais bien décidé à en finir, cependant je ne pouvais pas te laisser faire afin que le gardien du futur ne soit pas mort en vain. Oui Waren, l’audacieux, le rêveur est mort à cause de tes silences, parce que tu n’as jamais voulu accepter la réalité. Je pense que pour le moment il vaut mieux passer ce chapitre, car cela ne ferait que ranimer de vieilles colères. Waren, en ces quelques phrases, je viens de te narrer les points essentiels que tu devais connaître. Maintenant, tu peux revenir au devant de la scène pour me donner tes impressions.
Tout au long où l’enfant prit la parole, Waren était resté de marbre en écoutant très attentivement son discours, mais que pouvait-il bien répondre à cela ? Dans quel registre pouvait-il bien enregistrer ces déclarations, dans les plus pieuses vérités ou dans les pires mensonges ?
- Je sais que je devrais te croire petit, puisque je vous entends, toi ainsi que le gardien du présent, cependant j’ai dû mal à tout à assimiler et à avaler ton récit, lui répondit-il d’un ton sincère.
- Je me doutais bien que tu répondrais cela, toutefois, je te prouver ma bonne foi, lui dit-il sur le même ton.
- Alors prouve-le moi soldat, lui lança-t-il en défi certainement afin de pouvoir y croire et mettre enfin un mot à son mal-être.
- La seule façon que j’ai de te le prouver, est en rapport avec ma requête. L’acceptes-tu Waren ? Lui proposa l’enfant d’une voix tremblante.
- Je ne peux pas te donner de réponse puisque je connais pas le contenu de ta demande, déclara-t-il interloqué.
- Tout ce que je souhaite Waren, c’est la vengeance. Accorde la dernière volonté d’un condamné.
- De quelle vengeance fais-tu allusion ? Le questionna-t-il toujours attiré par la curiosité.
- Cette vengeance est directement liée avec tes démons. En tant que gardien du souvenir, je peux forcer les portes closes de ton esprit. Normalement ce processus est prévu lorsque le nouvel initié doit se séparer de son ancienne identité pour commencer sa nouvelle vie, mais puisque tu n’en arriveras jamais à ce stade, car ton guide ne t’y aura pas préparé, cela sera beaucoup plus dur pour toi. Toutefois, je vais utiliser ce pouvoir qui est mis à ma disposition et ainsi, tu comprendras le fin mot de l’histoire, attesta le gardien du souvenir dans un pleur.
- Explique-toi mieux, je ne comprends rien à ce que tu me racontes.
- Je vais tout te clarifier garçon, mais ferme d’abord les yeux et libère ton esprit, lui conseilla-t-il entre deux sanglots.
- Pourquoi ?
- Fais ce que je te dis et surtout ne te braque pas, laisse-toi envahir par mes mots afin qu’ils te guident, lui dicta-t-il.
Waren fit ce dont il demanda sans rien ajouter, il attendit impatiemment assis tout en gardant les yeux clos, les étranges réponses que le petit patriote détenait.
- Es-tu prêt Waren ?
- Oui soldat, tu peux dissiper ces épais nuages qui t’embrument, toutefois sois précis.
- On ne peut plus clair garçon, ce sera même percutant, parce que je n’irai pas de main morte, lui avisa l’enfant toujours en pleurant à chaudes larmes.
- C’est l’heure petit, chaque chose en son temps et chaque chose à sa place, réitéra Waren devant son impatience.
- Je réclame la vengeance pour toi, pour le futur dont tu n’as plus ainsi que pour nous, les survivants. Waren, lave-moi de l’humiliation, lave-nous de la méchanceté qui nous a tant frappés et dont nous avons toujours dû taire. Lave-nous des affronts, de la douleur et des meurtrissures. Ces cicatrices qui ne cesseront jamais de s’infecter et de saigner. Rappelle-toi de cette minuscule pièce noire, d’où la seule issue était une dalle de ciment au-dessus de ta tête, beaucoup trop lourde à soulever, ainsi que ces nuits de sommeil interrompues par ce même visiteur. N’oublie pas non plus, le contact d’une main d’adulte sur ton visage qui s’abattait comme la foudre, sauf qu’elle tombait toujours au même endroit. Remémore-toi également du bruit et des brûlures du cuir sur la chair. Souviens-toi de ces cendres incandescentes qui t’ont brûlé les pieds. Lave-nous de ces insultes qui nous ont salis au plus profond de ton âme, lui énuméra l’enfant en sanglotant.
- N’y touche plus petit, laisse reposer ma mémoire. Il ne faut plus parler du passé, cria Waren en s’opposant formellement aux propos du gardien du souvenir.
- Il le faut Waren, tu ne me laisses pas le choix que d’ouvrir les portes closes que tu as fermées. Souviens-toi condamné et venge-toi avant de partir.
- Non arrête gamin ! Je te l’interdis.
- Si, tu dois m’aider car cela t’aidera également, ne refuse pas ma dernière volonté.
A Cet instant, des images vinrent se superposer à sa vue et réveillèrent les cauchemars d’antan.
- Non gardien ! Ôte ces photos de mon esprit, je te l’ordonne, hurla-t-il en plaquant ses mains sur ses tempes.
- C’est ma dernière alternative garçon.
- S’il te plaît, arrête le processus, le pria-t-il.
- Ne fuis pas le passé, c’était ta vie et ce que tu continues à vivre, en essayant tant bien que mal à dissimuler la vérité. Mais à présent, tu ne peux plus te réfugier dans l’irréel, puisque je contrôle la projection. Maintenant, il te faut accepter ce qui a été et ce que tu es, lui dicta-t-il éploré.
- Je t’en supplie petit, implora Waren en déversant toutes les larmes de son corps.
- C’est d’accord, mais il le fallait, lui confia-t-il en joignant ses pleurs aux siens.
- Tu n’avais pas le droit gardien. Non, tu n’avais pas le droit de réveiller les cauchemars tombés dans l’oubli. Qu’as-tu récolté à déclencher tout cela ? A quoi voulais-tu aboutir ? A m’anéantir ? Le fusilla-t-il en frappant ses poings contre le sol jusqu’au sang, tant la rage l’envahissait.
- Je voulais recueillir le mot « vengeance ». Venge-nous Waren, toi seul peux le faire. Crois-tu vraiment avoir été le seul à souffrir ? Nous avons tous eu notre part d’amertume, le gardien du futur a même eu droit à une overdose, parce qu’on t’a obligé à croire que tu n’avais plus d’avenir. A présent, il est impossible de revenir en arrière, le dommage subi est irréversible. Vas-tu t’évader une fois de plus avec le silence et les laisser une nouvelle fois gagner ou vas-tu nous venger avant de te diriger vers l’échafaud.
- La vengeance… ? Pour te dire la vérité petit, je n’y ai jamais réfléchi et je pense que c’est inutile, parce que cela ne changera rien au fond du problème, lui confessa-t-il en esquivant de sa main les dernières larmes qui s’échappaient encore de ses yeux.
- Je sais que tu n’y as jamais songé, car tu étais trop aveuglé par le pessimisme. Ce n’est pas en empruntant cette route que tu obtiendras quelque chose. En fait Waren, tu ne te poses pas les bonnes questions, donc tu ne trouveras pas les bonnes réponses. Il faut simplement que tu demandes, qu’est-ce que cela pourra changer à ta vie, l’aiguilla-t-il toujours avec sa voix abattue.
- Cela ne changera strictement rien à ma vie, lui confirma-t-il.
- Oui et non garçon. Je ne t’ai jamais promis que ça réparerait quoique ce soit sur ton passé ou bien tes émotions, seulement tu gagneras le soulagement de l’esprit qui survit par la colère depuis de trop longues années. L’apaisement Waren, c’est la seule chose que tu récolteras et n’est-ce pas le plus important à tes yeux ? Rajouta-t-il convaincu.
- C’est vrai, je n’ai jamais pris la peine de raisonner de cette manière là. Après tout, c’était peut-être la seule chose qui aurait pu me sauver à l’époque, si j’avais eu le cran d’affronter mes bourreaux, reconnu-t-il en s’acquérant des propos de l’enfant.
- Il n’est pas encore trop tard Waren, en tout cas pas pour ta mémoire, par contre en ce qui concerne ta vie, tu es le seul juge. Même si la mort est le seul avenir que tu aperçois à l’horizon, délivre-toi de la douleur ainsi que des meurtrissures enracinées en toi, clarifia le gardien du passé serein.
- Crois-tu vraiment que je possède la force de le faire petit ? Et puis quant à la mort, j’ai déjà un pied auprès d’elle, affirma-t-il en forme de souhait.
- Bien évidemment que tu disposes d’assez de force pour la vengeance. N’oublie pas non plus que je suis là afin de l’attiser, et pour moi également, c’est la seule chose qui m’a fait espérer lorsque tout s’effondrait autour de nous, répondit l’enfant empli de conviction.
- Que déclenches-tu imbécile ! N’as-tu pas déjà causé suffisamment de dégâts comme cela, pour en plus l’entraîner dans une croisade chimérique à laquelle tu es le seul à croire. Toute cette mascarade afin d’aboutir à tes noirs desseins. Tu n’aurais pas pu le laisser partir en paix, au lieu de le guider sur une mauvaise pente, dont tu en ignores complètement l’issue, tout ça pour qu’il devienne ce que tu as toujours voulu combattre. Tu ne vaux pas mieux qu’eux, non pas mieux, s’énerva le gardien du présent contre le petit patriote.
- Puisque de toute façon nous étions perdus, autant perdre dans la dignité. Oui c’est vrai, depuis le départ je nourrissais la vengeance, non pour devenir des bourreaux à notre tour, mais plutôt être des esprits vengeurs en quête de justice. Tu devrais avoir honte d’intervenir afin de le culpabiliser, puisque c’est moi que tu estimes coupable. Cependant la seule chose à laquelle je me sens responsable est de lui avoir simplement ouvert les yeux. Il est vrai que mes méthodes peuvent être discutables, toutefois, j’ai seulement accompli ce qu’il me semblait juste. D’ailleurs le seul individu qui aurait son mot à dire, c’est Waren et personne d’autre, surenchérit l’enfant sur le même ton.
- Tu crois vraiment qu’il soit le seul à avoir son mot à dire ? Lui demanda le gardien du présent.
- Que veux-tu dire par là ? Le questionna-t-il à son tour intrigué.
- Rien du tout.
Waren resta silencieux à admirer le lever de soleil qui apparaissait timidement à l’horizon pendant qu’il laissait ses gardiens se quereller. Puis tout en admirant l’astre solaire s’illuminer de tous ses feux à mesure qu’il s’exprimait d’avantage au travers du ciel, il méditait les paroles que lui avait prononcé le petit soldat, concernant la vengeance. Au cours de toute sa vie chaotique, Waren n’avait jamais cherché la revanche, l’idée ne s’était même pas présentée à lui, parce qu’il était trop hanté par ses souvenirs et à tenter de les exterminer, en se détruisant lui-même, puisqu’il pensait être la cause de tout ce qu’il avait dû subir durant son existence. Mais à présent, il voyait les choses différemment, même s’il détenait une part de responsabilité devant toutes les crises qu’il aura dû endurer, ses bourreaux ont une responsabilité plus grande, puisque eux sont passés à l’acte, en traumatisant un enfant par leurs atrocités ainsi que par leurs perversités. Après mûres réflexions, Waren se demanda si ce n’était pas ce qu’il s’était efforcé de cherché inconsciemment sans jamais la trouver. Tout s’embrouillait dans sa tête, parce que trop de vérités avaient été soulevées en si peu de temps, qu’il en digérait à peine ses premières constatations. Peu à peu ses observations ainsi que les voix querelleuses des gardiens s’estompaient pour se focaliser sur peut-être le plus important, la nature ancestrale qui l’entourait et qui ne lui appartiendrait bientôt plus.
- Waren nous avons besoin de ton aide, attirèrent l’attention de Waren les deux gardiens en même temps.
Cependant, Waren restait toujours enfoui dans ses pensées et son regard s’évaporait dans le lointain.
- Waren ? Réitérèrent les deux gardiens.
- Oui ? Répondit-il à l’interrogative avec une voix égarée.
- Waren, j’ai besoin de te poser une question, poursuivit la raison du présent.
- Vas-y, je t’écoute. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
- Et bien, je désirerais une réponse. Je voudrais que tu me dises ce que tu souhaites faire maintenant. J’espère également te rassurer sur un point. Quelle que soit la route que tu prendras, elle sera aussi la mienne. Je ne ferai rien pour te ralentir, bien au contraire, je te soutiendrai avec toute la force et la vigueur dont je possède, lui expliqua-t-il avec sincérité.
- Pourquoi ce revirement juge ? Toi qui t’es constamment opposé au petit soldat.
- C’est vrai Waren, mais à présent que tu connais ton histoire ainsi que la nôtre, tu es le seul à pouvoir décider de poursuivre ou d’interrompre ton chemin face aux nouveaux éléments dont l’enfant aura pu t’apporter, car ces confessions auront peut-être contribué à remettre en question pas mal d’à priori, lui précisa-t-il.
- C’est exact, je ne suis plus certain de mes premières conclusions et ce n’est peut-être pas un mal non plus. Cela m’aura permis de mieux comprendre les choses ainsi que d’en accepter d’autres. Quant à ta question, tout ce que je te répondrai, c’est qu’il va falloir se remettre en route.
- Très bien, si tu es sûr de toi, nous pouvons repartir dès que tu le souhaiteras, le soutint-il par ses propos.
- Oui, j’en suis même certain juge, répéta Waren catégorique.
- Merci Waren, merci d’avoir bien voulu m’écouter et accepter ma requête, lui gratifia l’enfant.
- Non gamin, merci à toi de m’avoir ouvert les yeux, retourna-t-il le compliment.
- Que veux-tu faire Waren des nouveaux jours qui sont apparus devant nous ? Questionnèrent à nouveau les deux gardiens unis d’une même voix.
- Vous devez certainement savoir que j’avais écrit un livre relatant ma vie et dont j’ai toujours voulu le tenir secret au regard des autres. Et bien dès aujourd’hui, je vais arrêter de me retrancher derrière en l’assumant complètement. Mais pour se faire, il faut que nous retournions dans le monde. Alors, je pense qu’il est grand temps de reprendre notre route sans nous retourner et quitter cette colline de la mort puisqu’elle ne nous rencontrera pas, du moins pas dans l’immédiat, répondit-il pour la première fois avec une touche d’optimisme.
- Très bien Waren, nous sommes prêts.
- Alors si vous l’êtes, allons-y dit-il simplement en mettent un terme provisoire à leur conversation, car chacun d’entre eux avait besoin de se retrouver seul avec lui-même.




Waren s’était levé, il avait les jambes ankylosées d’être resté assis tant d’heures sans bouger. Il fixa l’horizon et il pouvait voir que les premières lueurs du soleil avaient quasiment effacé toutes les teintes sombres de la nuit. Il se roula une dernière cigarette, avant de se pencher sur les mesures à prendre pour se remettre en marche. Il retourna près du pin, il récupéra sa chemise bleue et se dirigea vers le bord de la falaise. Il l’ouvrit et envoya les feuilles qu’elle contenait dans les airs, emportées par le tourbillon du vent. Il ne voulait plus continuer à se réfugier derrière ses phrases, parce qu’il était grand temps pour lui de les prononcer à haute voix.
- Ecoute-moi gardien du passé, il faut que nous reprenions notre route, tout droit vers la vengeance, qui ne sera que notre justice. Partons maintenant petit, allons ébruiter les silences dont nous avons dû subir jusqu’à présent, parce qu’il ne faut pas faire attendre la mort trop longtemps non plus, lui certifia-t-il à grands cris.





Dès lors que Waren se saisit de son sac et l’apporta jusqu’à son dos, avant de reprendre la direction des sentiers qui l’avaient amené jusque là, animé cette fois par d’autres motivations, puisqu’il ne montait plus à l’échafaud, il redescendait vers la civilisation afin d’assumer ses nouvelles convictions. Une ombre blanche bondit d’un buisson derrière lequel elle s’était tapis, afin d’épier Waren durant son testament de conscience, sans qu’il ne s’en aperçoive ni même ses gardiens protecteurs. Depuis quand était-elle présente et surtout quel était son but ? Tout ce que l’on pourra savoir, c’est qu’elle se lança sur ses traces, cette fois, non plus pour continuer à le surveiller mais pour le rattraper. Cependant que découvrira Waren en elle, une amie venue le soutenir à son tour ou plutôt une ennemie survenue pour l’exterminer ?

  Bibun
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  Publié: 11 avr 2008 à 08:03 Citer     Aller en bas de page

Pfiuuuuuuuu c'est énorme!


Malgré la longueur, j'aime de plus en plus, et mes yeux explosés, mais confiants et avides, vont attaquer le troisième et peut-être dernier opus


Amitiés



Justine

  Je suis comme ce temps que l'on ne remonte pas : décalée et détraquée.
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