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LPDP :: Autres poèmes :: Maldoror -2- (poésie en prose) Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège

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  Publié: 10 nov 2019 à 13:22
Modifié:  20 févr à 08:45 par Tychilios
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Le recueil des chants de Maldoror est sans doute le plus sombre et fascinant de la poésie française. Voici un second volet en prose, toujours très librement inspiré de cette œuvre magistrale.


Maldoror II

- Poésie en prose -

Dans les premières lignes des chants de Maldoror, Lautréamont déclarait en substance, en manière d’avertissement : « Plut au ciel que le lecteur trouve son chemin à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison.»


Je vois les hommes autour de moi ravaler leur conscience pour élever leur gloire. Pour marquer mon amusement j’ai dessiné, un jour, au couteau un sourire éternel sur mon visage. Mais ce rire gravé dans ma chair n’enchante personne.
Ma vie s’étale en langueurs de douleurs, quelques spasmes cruels ne peuvent satisfaire cette soif insatiable d’infini. Seules les visions morbides qui composent mes plaisirs me laissent croire que j’existe. Mon âme est un poulpe au regard de soie*, mille corps suppliciés s’accrochent à mes souvenirs comme autant de ventouses. Chaque fois, ma besogne accomplie, une vie qui s’efface vient exalter la mienne. Mes passions sont les violentes flétrissures de mon imagination trouble.
Parfois, au hasard de mes humeurs, une victime suspend mon geste et me rappelle à mon humanité. Une nuit de décembre que j’en cherchais une, celle-là m’apparut sous la lueur blafarde d’un réverbère. Sur son pâle visage, je distinguai le sourire glacé d’un enfant mort. Lorsqu’elle vit le mien, gravé sur ma face, un sursaut d’effroi la fit tressaillir, mais une étrange attirance guidait toujours mes pas.
Je laissai cette fois, dans ma mallette mes instruments de souffrance, Je voulais être poète un instant, oublier Maldoror. Je l’entraînai dans une impasse opportune.
— Ne sois pas apeurée, mon enfant, car j’ai pour toi les plus nobles projets, lui dis-je..
Comme la brume lourde caresse les tombeaux, j’effleurai sa peau tiède. Son souffle haletant dissipait les hurlements qui hantaient mon cerveau, et apaisait mes débordements. J’oubliai les délices cruelles qui glorifiaient mes cérémonies et posai sur son sein une oreille attentive., J’écoutais son cœur sous mes étreintes pressantes, bouillonner des tempêtes et gronder des tonnerres. Mes mains enlaçaient son cou, magnifiant d’un rose seyant la pâleur maladive de son visage. Son corps soumis à mes passions s’agitait en convulsions désordonnées. Et je serrai plus fort encore pour l’entendre suffoquer dans une dernière extase. Après avoir déceler son tout dernier soupir, je relâchai mon emprise. N’espérant rien de plus intense, je voulais mourir entre ses seins pour ne plus souffrir. L’amour et la mort devaient édifier pour moi le plus beau sépulcre. Mais l’air glacé me tira de mes torpeurs poétiques.
Je repris la route, ma sacoche remplie des instruments qui n’avaient pas servi cette nuit-là. La lune indifférente éclairait vaguement derrière moi un cadavre allongé.


*Cette image apparaît dans le Chant premier

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PaulMUR

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  Publié: 12 nov 2019 à 12:53 Citer     Aller en bas de page

Troublantes envies.
Il vaut mieux qu'elles s'épanouissent dans la poésie.
Car une telle réalité serait maladive.

 
Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège

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  Publié: 12 nov 2019 à 14:01
Modifié:  12 nov 2019 à 14:03 par Tychilios
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Merci, Paul de te hasarder sur ce texte qui peut paraître ambigu à beaucoup de lecteurs, c’est sans doute pour cela qu’il sera si peu commenté. Heureusement certains textes restent des exercices de compositions. C’est le cas des 'Chants de Maldoror'. Lautréamont contrairement au Marquis de Sade ne s’est jamais compromis dans ses fantasmes littéraires. Les Chants de Maldoror ont été édités en Belgique à compte d'auteur, l'ouvrage ne lui a rien rapporté. Le recueil est tombé dans les oubliettes des lettres françaises et a été découvert par hasard par André Breton dans les années du surréalisme. Cette œuvre poétique déconcertante est reconnue aujourd’hui comme un ouvrage essentiel. D'autres auteurs se sont livrés à des études du crime sans le justifier, je pense notamment à Dostoïevski avec Crime et châtiment, Truman Capote etc. Ils sont un peu les précurseurs de la criminologie moderne. Amicalement, Georges.

  Il vaut mieux avoir raison seul que tort avec la foule.
Lucie Granville Cet utilisateur est un membre privilège

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9 juillet
  Publié: 14 déc 2019 à 11:39 Citer     Aller en bas de page

Bonsoir Georges, l'atmosphère des "chants de Maldoror" est parfaitement rendue dans ce texte à l'écriture soignée et au vocabulaire riche, et aurait pu constituer un chant supplémentaire dans le recueil de Lautréamont (je l'ai lu récemment). Ton récit est aussi fascinant et remue tout autant, et ta chute est très parlante. A bientôt, Lucie.

 
Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège

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4 juillet
  Publié: 14 déc 2019 à 13:10 Citer     Aller en bas de page

Merci Lucie de t'intéresser si gentiment à ces textes délaissés par les autres. Je salue ta témérité. G.I.

  Il vaut mieux avoir raison seul que tort avec la foule.
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