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Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège


Helios
   
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  Publié: 13 oct à 11:39
Modifié:  20 oct à 15:34 par Tychilios
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La fistule du roi ou la plume dans le …


La petite histoire que je m’apprête à raconter fait partie de la grande, celle avec un grand H. Vous la trouverez surprenante et tragique à la fois, car les causes de l’incident relaté ici sont des plus cocasses et leurs conséquences provoquèrent la mort d’un bon nombre de personnes sacrifiées sur l’autel de la recherche médicale, et pour soulager le fondement du roi Louis XIV. Les faits pour l’essentiel sont avérés, même, si par-ci, par-là, quelques légers détails qu’il serait difficile de certifier ou contredire peuvent étonner ou laisser incrédule. Vous aurez l’obligeance, le cas échéant, de porter ces incertitudes sur le compte d’une licence narrative. Je vous souhaite une agréable lecture, que j’espère néanmoins enrichissante.

À Versailles, la journée commençait plutôt sous de bons auspices. Les choses suivaient leur cours à la cour, les courtisans courtisaient, le roi régnait, et les géraniums de Monsieur le Nôtre continuaient de pousser sous un soleil agréable, qui, lui-même continuait de briller. Lassé par son vingt-cinquième aller-retour dans la galerie qu’il affectionnait pourtant, le roi accompagné par son valet de pied et son ministre des armées discutait de choses pas très intéressantes et d’autres sans plus d'intérêt.

— Toutes ces frondes nous fatiguent, mon bon Louvois, ces péquenots ne sont-ils pas de grands enfants, pour jouer ainsi au lance-pierre… à leur âge ! Faites donc empaler quelques de ces jacques, ça leur apprendra à vivre et cela nous amusera, il faut bien nous distraire un peu.

— Mais sire, le mouvement s'est largement calmé depuis quelque temps et il n’est point dans nos coutumes d’empaler le rustaud, je gage qu’il se prête mal à cet exercice, la couenne est épaisse. Et même si vous êtes en tous points sublime, nul ne pourra jamais vous appeler Louis-Soliman-le-magnifique et quatorzième du nom, c’est beaucoup trop long. Ah ça, non, mais non, mon doux seigneur, vous êtes le grand Louis, un point c’est tout, et resterez toujours dans mon cœur, mon grand Loulou.

— Soit, mais, pouvons-nous au moins espérer que la fin de quelques uns nous divertisse, on s’ennuie à mourir sous nos latitudes.

— Je ferai de mon mieux, sire, répondit Louvois.

Le roi, s’arrêta devant une des grandes glaces qui ornaient sa galerie et, redressant le menton il adopta une pose majestueuse, je veux dire encore plus que celles qu’il prenait, pour un oui ou pour un non.

— Saviez-vous qu’une seule de ces choses réfléchissantes dépasse le revenu annuel d’un de ces croquants ? Mais nous doutons bien qu’un tel objet fût d’une utilité quelconque pour ces êtres rustiques, sinon peut-être pour contempler chaque jour leur vilaine trogne et leur misère, ha ! ha ! ho ! ho !

— Oui sire, même s’il magnifie celui qui s’y mire.

— Qui s’y mire ? Qui s’y mire ? Même l'émir d’Izmir ? Ho ! ho ! ha ! ha ! mais sommes-nous drôles, aujourd’hui !

— Les sires et les émirs aiment aussi rire, sire

— Ce bon mot ne vaut pas le nôtre, comme aurait pensé l’épouse de notre bon jardinier. Ne sommes-nous pas d’humeur badine en cette belle matinée ? Bon, nous vous laissons, ma personne royale et moi-même, à la douceur de vous contempler dans ces miroirs de ma manufacture Gobanaise, qui nous ont coûté l’épiderme de notre royal séant, nous allons faire un tour dans nos jardins...

Mais faisons une pause, afin d’entretenir et même attiser l’intérêt que vous portez déjà à ce texte, vous verrez, un peu plus loin, que ce qu’il advint de ce royal séant n’était pas très bel à voir, reprenons, voulez-vous ?

Gobanaise…Gobanaise…? Louvois s’étonnait qu’on ne l’eût point averti de l’existence d’une nouvelle possession royale en Afrique. Il jugeait imprudent et tout à fait prématuré d’aller s’aventurer en des endroits aussi sauvages, éloignés et insalubres. On le rassura vite par la suite, le royaume de France n’avait pas encore envahi l’ouest du continent africain, pour échanger judicieusement la parole divine, qui avait la valeur qu’on voulût bien lui accorder, contre celle d’une main-d’œuvre gratuite et quelques matières premières très rémunératrices. Cet avenir glorieux et tropical, devait attendre quelques décennies. Le roi, par cet exotique gentilé parlait d’une fabrique de verre fondée par le bon Colbert aux alentours d’un village perdu de Picardie, nommé Saint-Gobain; pour embêter les Italiens qui étaient les rois de la glace. Je trouve, pour ma part qu’un délicieux sorbet à la française surpasse leurs crèmes industrielles saturées en mauvaises graisses… mais l’on informe qu’une malencontreuse homonymie m’a égaré.

Louvois resta perplexe un long moment devant ce beau miroir, en réordonnant, d’un geste distrait, une ou deux boucles de son élégante perruque. Le ministre serpentin portait son patronyme à merveille. Il ondulait entre intrigues et flatteries, et détournait à son compte la gloire qui revenait à Vauban, dont le seul tort était de porter le lourd fardeau de ses origines roturières.

L’astre royal accompagné de son valet de pied se dirigea vers une des portes de sortie qui menait aux jardins. N’allez pas croire qu’un valet de pied serve à récurer les petits petons du seigneur auquel il se donne, corps et âme. Le terme se réfère à ce que cet employé de choix suivait à pied son maître, lui servant parfois de garde du corps lors de malencontreuses rencontres, ce qui était rarement le cas avec ce maître-là dont l’entourage était tout ce qu’il y a de plus raffiné ; fort heureusement, car le valet en question était vieillissant. Alexandre Bontemps était issu de bonne noblesse et occupait, par ailleurs, des fonctions aussi prestigieuses qu’intendant des terres du château, gouverneur de Rennes, et bien d’autres petits boulots encore, qui arrondissaient joliment ses fins de mois. Mais nous verrons, juste après, que Sa Seigneurie aimait taquiner parfois son personnel, aussi prestigieux fût-il.

— Allons respirer un air plus pur, mon brave laquais, dit-il, ne trouvez-vous pas que celui qui circule entre ces dispendieuses plaques de silice si finement laminées sente un peu les pieds ? Mais ne répondez pas, nous nous passerons de votre avis sur le sujet, contentez-vous donc de m’écouter.

La Galerie des Glaces était une grande réussite artistique, mais fort mal ventilée et les gentilshommes de l’époque n’appréciaient que modérément le contact de l’eau claire et fraîche sur leur peau pas très propre, mais tempérée.

— La météo annonce un vent calme sur les côtes et à l’intérieur des terres. Le fond de l’air est plutôt doux sur l’ensemble du pays, correspondant aux normales saisonnières. On prévoit une température agréable sur les jardins du palais, sire, l'informa son serviteur.

— Agréable… fort bien, mais cela n’est pas assez précis à notre goût. Un jour peut-être, définirons-nous quelques nuances plus signifiantes pour graduer l’agréable. Voyez-vous, nous souhaiterions une échelle d’agréabilité un peu plus explicite, voyez-vous? Le monarque n’ avait que faire des redondances ou répétitions dans son langage, c’était le roi, après tout. Faites le nécessaire voulez-vous ?

— J’ai bien peur qu’il ne nous faille attendre encore quelque temps, sire.

Le loufiat n’avait pas tort, car le ‘thermoscope’ assez archaïque de Monsieur Galilée ainsi, un peu plus tard, que les appareils de mesure des Sieurs Farhenheit et Réaumur, n’offriront pas entière satisfaction. Il fallut patienter jusqu'au règne de Louis-le-prochain pour qu’un certain Celsius nous donnât l’idée de ce que représentent sur notre peau fragile les différents niveaux situés entre le 0 et le 50 de son échelle thermométrique qui pouvait monter bien plus haut.

— Encore eût-il fallu que nous le sachions, répondit le souverain pour dire quelque chose, car il aimait toujours avoir le dernier mot.

— Ou, que nous le sussions, Sire ?

— Mais pourquoi diantre le sucerions-nous ? Dites-nous un peu, vieux dégoûtant.

— C’est ainsi Sire, que nous le sussions, c’est sûr, c’est l’usage du langage, répondit le grouillot qui aimait les jeux euphoniques composés de belles assonances ou d’agréables allitérations.

— Sachez, valet pervers que nous ne mangeons point de ce pain-là !

— Mais de quel pain parlez-vous donc Sire ? Que je le fasse retirer séant de votre table.

— De la miche de Sodome ! Vieil inverti euphonisant, ignorez-vous toutes les rumeurs qui circulent à la cour à propos des mœurs de J.B.L, notre musicien préféré. Sa radieuse seigneurie évoquait certaines pratiques, que la morale chrétienne condamne, et que son maître de musique considérait comme naturelles et divertissantes.

— Si ce bougre de Lully connaissait moins bien le solfège, nous l’aurions fait empaler… ne dites rien, peu nous importe votre avis… Mais qui diable vous a recommandé à mon service ?

Le valet de pied tout retourné se confondit en courbettes, pirouettes et cacahuètes, car lorsque le roi se courrouçait, ça sentait le roussi.

— C’est la sœur d’un cousin de ma tendre mère qui m’a informé incidemment que l’on recrutait à la cour, messire, mais il y a fort longtemps déjà.

— Fort bien, si cela est incident et lointain, nous vous pardonnons, cependant, vous nous rappellerez de lui en toucher deux mots à l’occasion, mais la prochaine fois, nous vous ferons empaler, vilain valet de pied racorni, car tel est notre bon plaisir.

La menace turco-musulmane aux portes orientales de l’Europe inspirait au roi des divertissements exotiques qu’il convenait de partager avec tout son personnel. Il ne sentait pas pour autant l’ombre de l’aile de la barbarie planer au-dessus de son royaume et ne songeait guère à prêter main-forte à ces vaillants soldats qui préféraient, sur le front Est, l’élégant couvre-chef emplumé, au turban beaucoup plus rudimentaire des Ottomans… Nous verrons, un peu plus tard que de couvre-chefs emplumés, il sera fortement question, mais n’anticipons pas et continuons voulez-vous, de planter le décor.

— Mais nous nous gaussons, nous nous gaussons !

En disant cela, Sa Majesté divine poussa un petit cri charmant et fit un tour sur elle-même, en pointant les deux index vers le plafond, et ajouta en riant,

— Ha! Ha!, ho! ho!, j’oublie toujours que nous sommes tout seuls sous notre beau chapeau. Dites-nous, acrobatique serviteur, vous-même, aimez-vous vous gausser ? Mais peu importe, ne répondez pas et dirigeons-nous plutôt, si nous le voulons bien, vers ce bosquet, car tel est notre plaisir et aussi parce que l’on y fait parfois quelque rencontre fort intéressante, vous ne trouvez pas? Mais taisez-vous.

Le Prince de l’élégance aimait souvent finir ses phrases par « tel est mon plaisir », faisant savoir à ses courtisans que sa vie était plus agréable que la leur.

L’air était doux, les oiseaux gazouillaient dans les buissons, ou étaient cachés dans l’ombre fraîche et bienveillante de la ramure d’un orme, d’un grand chêne majestueux ou toute sorte de choses qui aient pu fournir à ces volatiles peu résistants à la chaleur, une ombre fraîche et bienveillante.

Le roi se dirigea vers les bosquets charmants, où, peut-être, l’attendait l’amour, qui statistiquement accorde à chacun, pauvres ou riches, roturiers ou seigneurs, quelques instants de cette grâce infinie qui nous convainc que la vie vaut d’être vécue, et que le jour qui succédera à celui qui s’achève, ne le fera pas en vain ; ce sentiment étrange et merveilleux qui offre soudain une couleur et une saveur si particulières à toutes ces choses qui nous entourent, mais qui réserve aussi parfois certains désagréments pathologiques, qu’une attention prophylactique minimale, bienveillante et dénuée de toute considération religieuse ou morale, bien plus tard, épargnera à l’ensemble de la population. S’arrêtant à mi-distance, le seigneur joliment enchapeauté s’enquit auprès de son valet.

— Dites-nous, Bontemps, afin d'en prendre un peu nous aussi, quelles sont, diantre, ces poulettes qui frétillent de la crinoline près des jets d’eau, là-bas. Il désignait une grappe de bécasses toutes pareillement emplumées, mais qui n’avaient pas l’air de gazouiller et ne se cachaient point non plus dans la ramure d’un orme.

— C’est le « Top Ten » des canons de la cour comme dirait mon petit neveu Kevin qui est très en avance sur son époque.

— Mais ne voilà-t-il pas un visage qui nous est familier? Et le reste aussi palsambleu ! Le roi jurait beaucoup. Là, mais c’est bien la petite Jacqueline d’Aubépine, marquise de Maintenon et de tout de suite ! Afin de lui montrer tout l’intérêt que nous portons à sa personne, approchons un peu et faisons-lui séant quelques propositions libidineuses et salaces, car nous aimons l’être parfois, il faut un peu de fantaisie dans la vie, n’est-il point. Nous lui suggérerions bien un tour dans notre beau carrosse, mais nous nous parlons à nous-même, Dieu qu’il est dur d’être seul ! pensa P’tit Louis.

— Si fait ! Monseigneur, c’est bien la marquise de Maintenon, mais elle se nomme Françoise... d’Aubigny.

— Ah bon ? répondit bêtement le roi qui n’avait pas toujours le répondant qu’on attribue trop volontiers aux personnages importants dont la gloire n’est souvent que la somme des éloges échafaudés et entretenus par des chroniqueurs historiques peu scrupuleux et flagorneurs, qui accordent au souverain qui les nourrit, un prestige proportionnel à celui du volume et de la qualité de leur gamelle.

C’était bien la ravissante marquise de Maintenon qui plus tard, à Saint-Cyr se consacrera à l’éducation de jeunes filles nobles dans la dèche, et, le corps vieillissant, à l’affection du Seigneur, de Jésus, et de tous ses saints ; ce qui occupait une bonne partie de ses journées.

— Mais, taisez-vous donc ! Nous nous sentons très seuls, allons, nous offrir sa douce compagnie. Mais dites-nous d’abord si quelque rossignol de Madame Adélaïde de Barbes Rochechouart, Tonnay Charente, Pardaillan de Gondrin, mais aussi de Mortemart, et j’en oublie, volette dans la ramée. Le roi évoquait par cette jolie métaphore les espions de son ancienne maîtresse officielle la Marquise de Montespan, qui voyait d’un mauvais œil les relations extra extra-conjugales de son ancien royal amant.

— Vous vouliez dire Athénaïs, répliqua le grouillot, qui de Barbès n’est point, quant au passereau auquel vous faites allusion, je n’en ai vu aucun gazouiller à son oreille.

— Faites des phrases plus courtes, mordiou !

Le serviteur se morfondait sans cesse d’être rembarré de la sorte, mais la paye était bonne et la soupe aussi.

— Allons y de suite, allons-y Maintenon, dit le monarque qui ne négligeait pas l’occasion, lorsqu’elle se présentait, d’agrémenter ses jolies phrases par un subtil jeu de mots.

Le Maître des lieux s’adressa à sa belle et fit déguerpir les autres.

— Chère Jacqueline…

— Françoise Sire, Françoise, je me tue à vous le répéter !

— Soit, nous ne nous ferons jamais à tous ces prénoms, mais trêve de mignardises, des envies pressantes parcourent notre corps brûlant… et effleure aussi notre vieux cœur bien sûr, dit-il pour ne pas paraître trop rustre. Accompagnez-moi donc dans notre joli carrosse pour faire un tour, il vient d’être repeint et nous avons fait ajouter tout plein de déco.

L’astre divin prit la main de la marquise, ainsi que tout le reste et mena l’ensemble jusques au fond du parc où son carrosse reluisait comme un Louis IX (un ancêtre de XIV). La magnifique voiture attendait, tirée par un attelage de huit chevaux blancs, dont le licol ornementé de pierres fines étincelait de mille éclats sous le soleil de France. Ils portaient tous, sur le haut de leur tête une aigrette immaculée et fournie, du plus bel effet. De nombreuses statues sculptées dans des essences de bois précieux dorés à la feuille décoraient l’attelage royal. Au sommet, on distinguait une énorme couronne, et divers personnages mythologiques vêtus de fines draperies prenaient la pose dans une scène compliquée et très improbable. Leurs trompettes chantaient sur le toit du carrosse, des louanges à la gloire du Dieu vivant. Un joli Bouledogue en carton bouilli finement travaillé ornait la plage arrière du véhicule. Sa tête était astucieusement placée en équilibre sur un collier entourant le cou, pour qu’elle oscille à chaque cahot, grâce à un mouvement de balancier, produisant ainsi un effet des plus comiques amusant les pécores et roturiers qui se réjouissaient ainsi toujours, au passage du carrosse, du bon goût de leur Seigneur.

La porte était ouverte, et un escalier à quatre marches escamotables recouvert de velours rouge attendait d’être foulé par le pied de sa royale majesté et celui de sa compagne illégitime. La Marquise de Maintenon s’en trouvait émerveillée.

— Ouah, je suis émerveillée, trop beau, le carrosse ! s’exclama-t-elle.

— Dites-nous cher intendant de mes terres, ne pensez-vous point que quatre bestiaux suffiraient largement pour tracter tout ça ? On va encore nous faire de vilains reproches au sujet de notre train de vie dispendieux, faites le nécessaire.

Le valet de pied s’exécuta, ainsi que quatre chevaux rapidement débités sur place, pour servir de pâtée aux deux cent cinquante bêtes bruyantes qui composaient la meute royale. Sa Majesté carnassière resta songeuse un instant devant l’hécatombe chevaline, l’esprit perdu dans des pensées lointaines elle lâcha :

— J’aime le son du cor, le soir au fond des bois, car on sait que lorsqu’il était ému, le roi en oubliait les convenances et s’adressait à lui-même à la première personne.

— C’est beau, Sire, on peut en conclure, à moins que cela ne soit le contraire, que votre ramage se rapporte bien à votre plumage. Comme aurait pu dire votre ami Jeannot, fabuliste attitré de son état

— Et l’état, c’est moi ! Oui, nous aimons beaucoup ces tirades talentueuses composées au débotté, notez cela, quelque part, et aussi, que nous n’avons point d’amis, des relations de travail, c’est tout.

On retrouvera plus tard cette pensée méditative dans une poésie cynégétique qui sentait le champignon d’automne et le chien mouillé, et que l’on attribue à un certain Vigny, car le valet oublieux n’avait pas fait déposer le texte à la SACEM.

— Prenez place, belle marquise, et allons visiter nos jardins, dit-il en lui faisait un clin d’œil de connivence.

— Menez-moi donc mon doux seigneur, nous verrons bien où cela nous mène.

— Nous ne sommes point à l’abri d’une surprise ni d’un changement de programme, dit le roi faussement énigmatique pour ménager un certain suspens, et en illustrant son propos d’un clin d’œil humide et vitreux.

La marquise s’installait confortablement pendant que le roi faisait le tour de son véhicule pour y pénétrer par la porte opposée, ce qui lui prit un certain temps….

Mais faisons une pause, voulez-vous ? Ce qui se présente à votre esprit comme une partie de jambes en l’air va vite tourner au cauchemar, prenez bien votre souffle, car les événements qui vont suivre requièrent toute votre attention, ils poseront les fondements (si je puis m’exprimer ainsi) d’une avancée majeure dans la recherche proctologique et auront quelques autres menues conséquences historiques.

Les laquais qui s’occupaient de la "garantie, entretien et nettoyage" du véhicule avaient oublié un chapeau, fort élégant du reste, posé sur le siège où l’imprudent monarque s’apprêtait à s’asseoir. Le couvre-chef fatal était décoré d’une jolie plume d’autruche. Le malheureux pénétra dans l’habitacle 4 places, toutes options de son véhicule, sans se douter de la terrible épreuve qu'un Seigneur d’un grade plus élevé celui-là allait lui envoyer. Très éloigné de toute préoccupation religieuse, son esprit était occupé par un scénario assez coquin qu’il avait envisagé pour apporter du piment à cette excursion bucolique. Contemplant d’un air un peu niais les beaux yeux de la marquise, il ne vit pas le funeste chapeau laissé sur le siège et s’assit dessus. L’air qu’il afficha à cet instant se transforma en une expression étrange, dans laquelle se mêlaient l’étonnement, l’indignation et la douleur ; le tout était accompagné par un cri très aigu qui provoqua l’envolée d’une multitude d’oiseaux cachés aux alentours dans les arbres et les fourrés.

— Mais que vous arrive-t-il donc mon bon ami à hurler de la sorte? s’étonna la marquise.

— …Chapeau…plume… empalé… empalé !

— Qu’est-ce à dire, mon grand fou, encore un de vos jeux fripons ? Puis reprenant son souffle le prince du beau langage éructa:

— J’ai une plume dans l’cul, maudite ribaude ! Sous la douleur intense, il en oubliait de nouveau les convenances. L’expression devait rester fameuse.

On le mena dans ses appartements et l’on fit quérir les meilleurs médecins. Ils étaient unanimes sur l’origine du problème: c’était bien l’extrémité aiguë de la plume d’une autruche africaine qui avait pénétré profondément la partie la plus intime et la moins ventilée de l’anatomie royale, provoquant ainsi une infection regrettable de l'endroit où elle s'était déclarée, infection qu’ils désignèrent par le nom technique, mais très peu ragoûtant, de fistule anale. Après une longue observation, on décida d'appliquer diverses crèmes et autres onguents, en rassurant le roi.

— Ce n’est rien sire vous irez bien mieux demain, lui répétait son médecin, d’Acquin tous les jours.

Au bout d’une semaine, le séant royal rayonnait dans les tonalités vives d’un coucher de soleil, irradiant du centre vers l’extérieur, du doré jusqu’au rouge orangé. Le spectacle était du meilleur effet. Trois jours plus tard, ces teintes chatoyantes avaient perdu de leur grâce vespérale et le fondement royal ressemblait à celui d’une vieille babouine. La disparition de ses jolies couleurs décevait un peu les médecins. On tartina le noble croupion à nouveau de crèmes et onguents diversement apaisants ou irritants selon l’humeur des médecins. Les mois passèrent sans que la situation s’améliore. On avait toutefois confectionné à Sa Majesté beaucoup moins mobile désormais, un superbe fauteuil, monté sur trois roues afin de lui faire prendre l’air de temps en temps. Les déplacements du roi ne restaient jamais inaperçus; une odeur pestilentielle flottait dans l’atmosphère, pendant, et longtemps après son passage. Certains courtisans, alors, ne pouvaient retenir une bonne boutade au sujet de ses odeurs et de leur origine.

Après dix mois de souffrance, on commença à parler d’opération.

— Ah il faut opérer votre majesté, moi, je ne puis plus rien faire il faut opérer ! Lui déclara, d’Acquin. L’intéressé restait assez réticent.

On fit venir un certain Felix, connu dans tout le royaume pour son coup de bistouri magique.

Afin d’accéder à la tumeur, le chirurgien qui était un peu bricoleur inventa un outil tranchant à lame courbe, qu’il nommera « bistouri à la royale », comme le pâté en croûte ou le lièvre du même nom. Pour se faire la main, il fit martyriser l’arrière-train de quelques dizaines de bagnards et indigents, tous désignés volontaires. Après un entraînement intensif et de nombreuses victimes inopportunes, Felix s’estimait prêt.

On invita à l’opération le Grand Dauphin, Madame de Maintenon, Louvois, et le père La Chaise, confesseur du roi (au cas où...) D’Acquin assistait aussi au spectacle.

L’extraction de la tumeur malodorante se déroula sans trop de problèmes, surtout pour le sieur Félix qui jouait gros, même s’il dut s’y reprendre un peu plus tard deux ou trois fois. La France entière, soulagée par la nouvelle glorifiait l’anus royal et un hymne fut composé par les petites protégées de Madame de Maintenon, au collège de Saint-Cyr, « Grand Dieu sauve le Roi ». C’est ce joli refrain que hurlent aujourd’hui dans les stades les supporters anglais fortement imbibés de bière de médiocre qualité. Ces mêmes représentants de Sa Majesté la reine ignorent, pour la plupart, que leur fameux « God save the Queen » aurait eu une tonalité toute différente si le roi n’avait pas posé son royal croupion sur un chapeau à plume.


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Cambre d'Aze, montagne de mon coeur... Mon éternelle muse !
   
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  Publié: 13 oct à 15:07 Citer     Aller en bas de page

Bonsoir Georges

Je résumerai tout ceci par : " Quelle plume de brio que la tienne ! " Es-t’elle d'autruche également ?

Une lecture à la fois instructive dans les grandes lignes, il faut noter qu'à partir de là, les chirurgiens furent enfin reconnus en tant que tels et non plus considérés comme de simples barbiers sans intérêt. Tout se qui touchait au sang à cette époque était considéré impur par l'église notamment et le succès de cette opération servit leur statut.

Lecture divertissante tant elle est rondement menée !

Bref, j'ai passé un réel moment de plaisir avec ce texte. Merci à toi Georges !

Comme quoi, "une plume", pour le fun, peut tout faire basculer et même créer un hymne national ! Car naquit un certain " God save the king" qui se transforma outre Manche en ce que chacun connait ! Merci qui, merci au cul du Roy Soleil !



Mawr

  Les mots sont à la pensée ce que l'eau est à la terre: la vie!
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TOTO La terreur des mulots
   
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Superbe moment de lecture. ta plume est vraiment talentueuse. - bravo !!

Yvon

  YD
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Helios
   
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  Publié: 14 oct à 17:45
Modifié:  14 oct à 19:16 par Tychilios
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_ Merci Mawringhe. Je te suis reconnaissant de t’être écorché les yeux à lire ce texte, sans en décrocher. Le support se prête plus à des textes plus court. Pour évoquer les composantes de style de cette très courte nouvelle, permets-moi de paraphraser Audiard : Du Proust ? Y’en a … Du Molière y en a aussi, avec une pointe de Lemony Snicket un soupçon d’humour pince-sans-rire a la British et un peu d’argot populaire façon Audiard. J’espère que ce cocktail t’aura fait sourire. La longueur des phrases et les digressions sont un parti pris. J’attache une grande importance au style, je me suis demandé si l’ « effet Proust » allait lasser le lecteur, (Il ne faut pas se méprendre Proust est pour moi un des meilleurs stylistes de la littérature française, la forme, dans toute son œuvre l’emporte très largement sur le fond). j’ai lu et relu le texte et je crois que finalement le coté précieux et interminable (à la Proust ma chère), contrebalancé par quelques phrases courtes et absurdes donne à mon avis tout son charme à ce récit. J'espère en tout cas que cette lecture t'a amusée, c'était le but essentiel. Amicalement, Georges

_ Merci Y.D. d’avoir pris le temps de lire cette courte nouvelle. Pour passer une large partie de mon temps à écrire, je sais que les yeux n’apprécient pas toujours la trop longue contemplation d’un écran d’ordinateur. Ce bienveillant commentaire n’en a que plus de valeur à mes yeux. Pour changer de sujet, l’histoire retient que les événements tragiques révèlent souvent les belles âmes. À la modeste échelle de notre vie routinière, on peut constater que certains esprits épris de liberté n’hésitent pourtant pas à redresser la tête dans un sursaut de dignité pour en dénoncer les risques ou les atteintes. J’ai pu observer tout ça, lors d’un dernier événement inattendu. De nombreux messages privés et qui le resteront, ainsi que l’intervention assez téméraire de certains membres de ce site m’ont incroyablement ému. Je parle de témérité, tant les menaces qui m’étaient adressées étaient explicites. Elles jetaient mon nom à la vindicte publique, mais je sais que les plus attentifs lecteurs les auront remarquées. Au risque de soumettre la raison à l’intimidation, j’ai retiré sans ordre de LPDP (qui s’est montré exemplaire dans cette affaire) le texte dont il est question. Je me fiche pas mal des risques encourus, je suis mort à de multiples reprises, et de nombreuses manières, mais j’engageais, ici, la responsabilité d’un site que je découvre, à bien des égards bien plus bienveillant, et intègre que je l’avais pensé. Je suis certain que de nombreuses autres personnes se seraient manifestées si le texte dont il est question était resté en ligne plus de 24 heures. Espérant ne pas te porter préjudice, je tiens à te remercier, toi d’abord puisque tu as été le premier à te manifester. J’adresse d'autres sincères remerciements emplis d’une grande émotion à "Bestiole" et "in poésie". Pour avoir à l’écart de passions insensées pris le temps de lire et de comprendre ce texte. Je ne me serais attendu sur aucun autre site à une si belle réaction. Amitiés Georges.

 
Miette Cet utilisateur est un membre privilège

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Vous avez du talent !

 
In Poésie Cet utilisateur est un membre privilège

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Oh my gode ! quelle chute ! Ici et... Maintenon.

Quel souffle Georges !

Bizzz Zorba

  La vie commence à chaque instant.
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Helios
   
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  Publié: 15 oct à 21:25 Citer     Aller en bas de page

_Merci Miette pour ce gentil commentaire.
_Merci In Poésie je suis heureux que cette petite histoire t'ait plu, et encore plus si elle t'a fait sourire. Je réitère toute ma considération pour tes récents commentaires. C'est dans ces moments un peu particuliers que se révèle la nature profonde de chacun. Toute mon amitié, Georges.

 
In Poésie Cet utilisateur est un membre privilège

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  Publié: 18 oct à 09:17 Citer     Aller en bas de page

De quels commentaires parles-tu ?
Si tu veux, poursuis en mp.

Bizzz Zorba

  La vie commence à chaque instant.
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