L’ombre des arbres défile de chaque côté. La lune éclaire la nuit d’une lumière blême, maladive. Il y a du vent peut-être car les feuilles mortes volent, tourbillonnent avant de retomber brutalement sur le bitume. Tout est nimbé dans une sorte de ouate asphyxiante.
Je n’entends plus rien. Je ne vois plus rien. Je ne sens plus rien. A peine, les larmes qui glissent le long de mes joues. A peine, les virages, à peine les crissements des pneus tentant tant bien que mal d’accrocher à la route.
Dans le flou de mes pupilles, des flashes bleus commencent à clignoter. Je me rappelle avoir souri. J’entends le chant de sirènes. Ça veut dire que je n’étais pas loin de mon terminus.
Ma tête commence à tourner… Mon corps aussi… Les lumières se mélangent… Les images défilent… A l’envers et à l’endroit…
*
Il arrive des fois qu'on ait cette sensation étrange que les choses ont été ce qu'elles devaient être et cela même si on les refuse telles qu'elles sont. Cela n'arrive que des années après qu'elles se soient passées. Ce n'est pas vraiment que le regard sur elles ait changé, ce n'est pas non plus parce qu'elles prennent un sens différent parce que le temps. C'est juste qu'enfin, on les accepte, qu'on arrête de se battre contre soi-même, qu'on arrête parce qu'on se fatigue d'être colère contre tout et surtout contre ce qui fait de nous des êtres humains, sensibles et contradictoires. Je ne sais pas pourquoi, peut-être qu'on nous enseigne cela à notre insu, je ne sais pas pourquoi on court toujours après cet absolu, l'idée que l'on devrait être heureux dans un univers d'événements qui s'enchaînent et s'emboitent de manière parfaite. Je ne sais pas non plus d'où vient cette envie de vouloir les conter alors qu'on sait très bien qu'elles ne seront pas comprises ou au moins, qu'elles ne seront entendues que partiellement.
Je n'avais rien en poche que je suis arrivé à la capitale. Pas une idée sur ce que j'allais faire demain. J'avais fait ma valise, donné mon congé à ma propriétaire moyennant un dédommagement substantiel, remercier mon patron d'avoir eu l'aimable gentillesse de me verser l'aumône d'un SMIC pour mes semaines de 45 heures, pris mon billet de train pour Paris et j'étais parti. Où allais-je dormir ? Est-ce que les personnes qui me connaissaient s'inquiéteraient ? Aucune de ces questions ne s'était posée dans mon esprit.
J'ai commencé par m'asseoir sur les marches sur le parvis de la Gare de Montparnasse. J'étais un peu perdu, un peu sonné d'avoir voyagé assis sur mon sac entre deux voitures. Il y avait des gens. Des gens partout, qui allaient d'un côté, d'un autre, des enfants qui criaient, des petites amies qui téléphonaient à leurs copains parce qu'ils n'étaient pas là. Ca fourmillait sans qu'il y ait ne serait-ce que l'espoir que ce grouillement s'atténue à un moment ou à un autre.
Et c'est ici, que je l'ai rencontrée la première fois. Je ne l'avais pas vue s'asseoir à mes côtés et ce n'est que quand elle m'a demandé du feu, que j'ai sursauté et que j'ai levé les yeux. Je n'avais jamais vu de créature pareille. Elle n'était pas jolie au premier sens du terme. Elle était sûrement trop petite pour être totalement mince, une poitrine suffisamment invisible pour ne pas entrer dans les canons de l'attirance masculine, des cheveux pas tout à fait blonds, un peu roux, mal lissés, emmêlés retombant lourdement sur des épaules toutes fines. Ses fringues étaient usées mal assorties, un chemisier légèrement brun, trop décolleté, un jean colmaté par de multiples carrés de tissus de récupération.
« Tu fais quoi, ici ? » m'a-t-elle demandé après m'avoir remercié d'un hochement de la tête. « T'as l'air un peu perdu, non ? »
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir ce sourire niais qui me trahit souvent quand je me sens découvert.
« Ouais, à vrai dire, je ne sais pas trop ce que je fais ici. Je viens d'arriver... »
« C'est tes bagages ? » m'a-t-elle demandé en plantant son regard sur mon sac.
« Oui. Deux ou trois affaires que j'ai sauvées au passage. »
Elle s'est mise à rire. Elle a tiré une longue taffe sur sa cigarette et a continué de pouffer. Je ne sais pas ce qui la faisait sourire comme cela mais c'était franc et je ne sentais aucune méchanceté dans son attitude.
« T'es marrant toi... »
Je ne comprenais pas.
« Fais pas cette tête-là... C'est juste que ça se voit que tu sais pas où t'es et que tu ne sais pas où tu vas... T'es pas le premier ni le dernier à débarquer comme ça... »
Elle a détourné son regard un instant et a fouillé dans une de ses poches. Elle en a sorti un bout de papier.
« T'as un stylo ? »
J'ai fouillé dans mon blouson et lui ai tendu un crayon. Elle l'a pris et a griffonné un truc.
« Tiens, prends ça... »
J'ai pris le bout de papier ainsi que le crayon, l'air incrédule.
« T'auras qu'à l'utiliser au besoin... »
J'ai déplié le bout de papier. C'était un numéro de téléphone. Je relevai la tête. La fille avait disparu.
(à suivre)
Tilou
Un défaut : un coeur mal calibré qui bat au sein de sa poitrine... Mais qu'importe puisqu'il tiendra dans Sa Main à Elle..
Ta prose est plus fluide que ta poésie, moins mystérieuse, quoique le mystère est souvent plus beau. Une histoire apparemment banale...jusqu'à l'apparition de la fille, tout aussi banale, du moins par son look, mais qui semble appelée à jouer un rôle important pour la suite du scénario. C'est suffisant pour tenir le lecteur en haleine. J'ai apprécié ce texte. Amitiés
Je suis restée sur ma faim......Mais en même temps on peut imaginer la suite qu'on veut Pour ma part, une belle histoire d'amour issue de cette rencontre irait très bien..... Amitiés
Je suis restée sur ma faim......Mais en même temps on peut imaginer la suite qu'on veut Pour ma part, une belle histoire d'amour issue de cette rencontre irait très bien..... Amitiés
Tu as peut-être touché juste, ange Bebinou. La preuve, c'est que la fausse blondasse lui avait demandé du feu, peut-être un besoin inconscient de chaleur entre les bras du faux vagabond ensmicardé! Hé! Tilou: si tu attends un peu, tu vas en avoir des scénarios (scenarii) à te mettre sous la dent!
La suite... Elle va arriver... Faut juste que je termine son écriture... Le scénario est déjà fait... (à deux ou trois remaniements de dernière minute près )...
Une histoire d'amour ?...
Peut-être...
Ou pas...
* psshitt.... n'en dira pas plus pour l'instant... *
Merci encore... Vraiment...
Amitiés
Tilou
Un défaut : un coeur mal calibré qui bat au sein de sa poitrine... Mais qu'importe puisqu'il tiendra dans Sa Main à Elle..
J'aime beaucoup la façon dont tu raconte cette rencontre, ça laisse pleins d'images, comme si a travers tes mots on y assistait.. Amitiés.
En route vers Miaou Land... le courage c'est savoir dire stop a certains moments de sa vie... la lacheté ce n'est pas renoncer, simplement laisser faire. une prise de décision est toujours une forme de courage...
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