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LPDP :: Nouvelles littéraires :: Hélène B, fantaisie d'espionnage Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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LeVentQuiSeLève


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  Publié: 28 sept 2014 à 04:30
Modifié:  21 nov 2016 à 05:06 par LeVentQuiSeLève
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Hélène B.

Fantaisie d'espionnage


Je suis devenue l'aviatrice la plus célèbre du monde d'un seul coup, en un seul jour, à la fin de mon périple jusqu'à Pékin. Après un vol sans histoire ayant duré six jours, mon avion s'était posé sur la place Tien An Men comme une gamelle tombant à terre, dans un grand tintamarre, moteur intact mais ailes brisées, éparpillant pleins d'esquilles de bois et de lambeaux de tissus autour, qui tombaient en jaillissant du nuage de fumée et de poussières enveloppant l'avion.

Je fus fortement secouée, mais je ne fus pas blessée. Je parvins à me dégager de la carlingue. Et à me laisser glisser sur le sol dallé. Autour de moi, il y avait la place la plus célèbre de Chine. Le palais ou le dernier empereur de cet immense empire se terrait. Je savais que je risquais ma vie.

Les gens s'attroupaient autour de l'épave de mon avion, formant un cercle à une distance prudente. Je m'approchais de l'un d'entre eux et lui dis que je voulais téléphoner.

Les gens me souriaient. On ne me répondait pas. Des badauds s'enhardirent et s’approchèrent pour me toucher. Je leur souris. Il parlaient une langue que je ne connaissais pas, que je supposais être le chinois. Je leur adressais des salutations en anglais, en français, en allemand et enfin en suédois sans éveiller de réaction. Un homme âgé se planta devant moi les bras croisés, les mains cachés dans chacune des manches opposées. Il planta son regard pénétrant dans mes yeux et prononça quelques syllabes que je suis bien incapable de transcrire.

Un homme blanc aux cheveux roux se frayait un chemin dans la foule en parlant la même langue avec un accent européen que je ne reconnu pas tout de suite. Il s’adressa aux gens du premier rang qui le laissèrent passer.

Enfin il fut devant moi. Il s'adressa à moi en anglais :
« Comment avez vous osé atterrir votre avion ici ? C'est totalement interdit. Vous risquez votre tête. La cour impériale peut vous condamner à mort ! Je me présente : Jeremy Knightley. Je suis négociant en vin et en fromages. Je suis originaire de Bristol. A Pékin depuis onze ans. Puis-je savoir à qui j'ai affaire ? »

Je lui dis qui j'étais :
- Je suis Hélène Boucher. Je suis aviatrice. Je suis partie de Paris il y a six jours, pour rallier Pékin en avion, seule et sans aucune aide. Je voulais survoler Pékin et atterrir après la sortie de la ville, mais j'ai manqué d'essence et j'ai dû atterrir de manière urgente. J'ai choisi cette place à cause de son étendue. J'espère que sa majesté ne m'en voudra pas !
- Si vous allez bien, il faut vous occuper tout de suite de votre avion. Je peux trouver des bras pour vous aider à le démonter. Il faudra tout nettoyer ici. Il faudra vous cacher en attendant de regagner l'Europe.

C'est alors que je vis un groupe d'homme en uniforme vert avec des galons rouge sur les manches arriver en courant à petite foulée, l'un d'entre eux qui devait être leur chef me montrait du doigt d'un air menaçant et criait des ordres. Les gens s'écartèrent précipitamment. Ces homme devaient être des soldats. Deux d'entre eux, qui grandissaient et noircissaient prodigieusement, me saisirent par les bras et me tirèrent sans ménagement vers l'immense avenue d'où ils venaient.



*** ***


Je me réveillais en sursaut. Je m'assis sur l'unique couchette de l’aéronef ou mon second et moi dormions en alternance. Je remis ma veste à boutons blancs et resserrais les lacets de mes chaussures. Je regagnais alors ma place de pilote de notre avion, l'avion espion U2 « l'Oregon ».

Le compas indiquait le même cap que le matin. Ma montre indiquait dix-sept heure. J'avais dormi six heures ! L'ordinateur de bord avait déclenché une sonnerie pour me réveiller car nous approchions de la frontière chinoise. Je venais de rêver que j'étais une pionnière de l'aviation française, et j'étais femme pilote à l'US Navy ! J'étais le commandant Eloise Bouchard. La place de mon second, le capitaine Peters était vide. J'entendais sa voix ainsi que des bruits métalliques venant de l'arrière. Il était dans le compartiment des moteurs à travailler sur le problème qui était apparu ce matin : un défaut du compresseur qui faisait varier bizarrement la poussée. La République Populaire de Chine ne soupçonnait rien. Vu l'altitude de 34.000 pieds où nous nous maintenions, cela pouvait durer jusqu'à la fin de la mission. Nous étions indétectables.

Le capitaine revient s'asseoir à son poste de copilote. Il s'essuie les mains dans un chiffon sale. Son uniforme bleu et blanc n'a pas une tache malgré le travail sur les pièces mécaniques :
« Il faut vous couvrir mon commandant, dit mon second en montrant le télex qu'il avait à la main. » Conformément au règlement militaire, je pris la casquette blanche incombant à mes fonctions de commandant de bord de l' US Navy. Je devais avoir la tête couverte pour prendre des informations et donner des ordres. La casquette était adaptée à ma coiffure féminine réglementaire.

« Il y a vingt minutes, reprit Peters, j'ai eu un échange de messages avec la base de Milwaukee. L'opération est confirmée, mon commandant. L'entrée dans l'espace aérien chinois est imminente. Nous devons contacter Zoroastre. »

Il tire sur une petite poignée pour dérouler un écran souple et fixe celui-ci au tableau de bord avec un bouton pression. Immédiatement, il fait défiler sur l'écran une liste de contact jusqu'à la lettre z et lit le code correspondant à Zoroastre. Il tape alors ce code sur un petit pavé numérique situé près de l'écran. L'écran s'allume et instantanément se forme une image. Un chapiteau apparaît. Il fait nuit. Une musique entraînante, mi-tzigane, mi-tango, nous dépayse : Bandonéon, cymbales et fifres. On voit au fond un cracheur de feu qui s'exerce, sur la gauche une femme et un enfant répètent un exercice de saut. L'enfant escalade le dos de la femme sans l'aide de ses mains jusqu'à se hisser debout sur sa tête, puis fait un saut périlleux pour retomber devant elle. Il passe aussitôt entre ses jambes et recommence, en faisant à chaque fois un saut différend.

Enfin la femme parla à l'enfant, s'exprimant en ouïgour. Elle lui fit signe de s'arrêter. Elle se rapprocha alors et son image grandit dans le cadre de notre écran flexible. Son visage brun et rouge, aux cheveux courts surmontés d'un bonnet amarante brodé de blanc, s'encadre devant nous. Elle s'adresse au capitaine dans un mandarin parfait :

« Salutations, Astarté, Est-ce que vous me captez bien ? Pour moi, la connexion est ok. Je n'ai pas beaucoup de temps, j'entre en scène dans quelques minutes. Il y a du nouveau du coté du 'frère de Yenaizhong' dans le secteur de Lhorong. Notre frère à reçu un envoi d'un frère de Lhasa, la capitale de la région autonome du Tibet, et a envoyé ce paquet par le canal U, celui réservé aux informations exceptionnelles. Le frère passeur Khi, un machiniste sur la ligne de chemin de fer de Nanning, a pu transmettre ce paquet. Ça a dû arriver à la côte aujourd'hui. J'ai eu le signal du frère passeur indiquant la réception de l'envoi hier par notre boite au lettre habituelle. »

La femme reprend :
« Je sais que ce message concerne une réunion du comité directeur du bureau du Parti Communiste Chinois de Lhasa. Il s'agit d'un compte rendu de soixante pages, photographiées et réparties dans trois pellicules. Je peut résumer ainsi la décision du comité :
Des éminences de l'appareil bureaucratique de la région autonome du Tibet ont pris une décision aux conséquences fâcheuses pour nous. Ils veulent ... »

A ce moment des cris interrompirent mon interlocutrice. Il y eu des éclats de voix : Quelqu'un criait : « C'est la police politique ! » Puis : « Les gardes rouges, ce sont les gardes rouges ! » On entendit des coups de sifflets. Un homme aboyait des ordres. La tête de ma correspondante disparut de l'écran. On pu encore percevoir sa voix s'exclamer avec colère dans sa langue maternelle. On vit passer trois jeunes hommes en tenue de garde rouge : Brassard rouge et col Mao, tandis que l'image se mettait à tanguer. Hors de notre vue, un homme plus âgé ordonnait en chinois :
« Saisissez-vous d'elle ! Ne la laissez pas s'échapper ! Par ici ! » Nous étions impuissants.

On entendit encore des coups de sifflet, ainsi que des cris. Puis une cavalcade résonna longtemps à nos oreilles, de plus en plus lointaine, puis il n'y eu plus rien. L'écran resta vide. Au fond, devant le chapiteau, le cracheur de feu n'était plus là. Il n'y avait plus de musique.

Le capitaine ma ramena à la réalité de notre vrombissant astronef :
« A mon avis, mon commandant, Nous devons savoir ce que mitonne le Parti Communiste Chinois et pourquoi Zoroastre s'est fait arrêter, me dit le capitaine Peters. Nous devons chercher à contacter le frère de Yenaizhong pour commencer, le passeur Khi peut-être aussi. »
Je décidais de chercher à obtenir cette mystérieuse information ayant requis le canal U. Entrer en contact avec le frère de Yenaizhong me semblait difficile et dangereux. Mieux valait visualiser le 'frère marin' de Hebei. Celui qui relayait les envois par la mer à destination de Taiwan.
« Le canal U transmet toujours des documents très précieux pour nous, capitaine, répondis-je. Heureusement, ils sont arrivés à la côte chinoise. Je me méfie de Zoroastre, elle a peut-être été retournée contre nous. Nous devons vérifier auprès du maillon suivant, le frère marin. »

Je me mis à mon tour à utiliser notre écran déroulable. Le nom de code de notre agent était Héligoland. Lorsque j'eus tapé le code sur le petit clavier, une image se forma.



*** ***


Il sont partis il y a deux jours du port de Hebei. Depuis quelques heures, Ils sont arrivés au large de l'archipel des îles Paracels. Ils ont choisi un emplacement à un mile à l'est d'une île toute en longueur, l'île des arbres. Là, ils ont mis la senne à la mer en dévidant le grand treuil à la poupe du bateau de pêche avec quatre hommes au cabestan. Puis ils ont mouillé deux ancres à la proue, par cinq cent quarante pieds de fond. Une à bâbord et une à tribord. Enfin, ils ont vérifié une par une les trente ampoules de leur lamparo. A la nuit tombée, ils ont amorcé le piège. Ils attendent. Leur jonque, le « Cormoran Rouge » roule doucement dans la longue houle.

La nuit va être très active.
La pêche du capelan du Pacifique exige le plus grand silence à bord. En effet ce poisson très craintif s'enfuit au moindre bruit. Nos marins sont donc pieds-nus. Ils évitent tout ce qui peut être sonore. Le bruissement de la mer, symphonie des clapotis dû aux sauts des poissons à travers la surface, signale que le banc de capelan est là. On ne bouge plus ; on ne parle pas. Attiré par le lamparo, le banc se rapproche du bateau. Il commence à entrer dans la senne. Le cul du filet l'arrête. Lorsque le banc est entièrement entré dans ce grand carrelet, le capitaine lance un ordre. Aussitôt, deux des marins hâlent la ralingue inférieure. L'extrémité immergée de la senne remonte et lentement sort de l'eau. Le piège se referme. Lorsque le bord du filet est entièrement sorti de l'eau, les marins s'activent à le rendre plus léger. Avec des épuisettes, ils attrapent les poissons les plus gros pour faire de la place et soulager la senne lorsqu'ils la hisseront.

Tao le cuisinier est aussi mécanicien du bord. Tandis que les autres marins s'activaient sur la senne, il a soulevé le capot bâbord de la cale de la machine ; et s'efforce de réparer une pompe d'injection défectueuse. Lorsqu'il à fini, il retourne dans son domaine pour préparer un repas chaud pour la fin de la nuit, après le travail, avant que les marins aillent dormir. Tout est calme dans le bateau. Soudain le four à alcool sur cardan, bien qu'éteint, émet un sifflement grave.

Tao s'exclame : « Astarté ! Enfin » Il marche jusqu 'au four et en ouvre la porte.



*** ***


Sur l'écran flexible que je venais de fixer de nouveau au tableau de bord de notre avion espion, je voyais une ouverture rectangulaire. Dans cette ouverture, je distinguais une parois de planches de bois serrées vernies au brou de noix devant laquelle se trouvait une tablette portant des ustensiles de cuisine. La tête de notre agent, Héligoland, s'encadra dans l'ouverture. Il portait un calot de coton blanc sur son crâne chauve et souriait.

- Bonjour à vous, Astarté, dit Tao en cantonnais, s'adressant au commandant de bord. Je dis bonjour à tout hasard, car à bord du « Cormoran Rouge », il fait nuit.
- Que la nuit vous soit fructueuse, Héligoland, répondit le commandant Bouchard, me recevez-vous correctement ? Je vous vois et je vous entend bien.
« Je vous entend très bien, Astarté, reprend Tao, mais comme vous savez, je ne vous vois jamais ! Seule votre voix me dit que vous êtes une femme de l'Amérique. C'est mon four qui parle, cette fois. J'ai une nouvelle merveilleuse : j'emporte dans mes provisions un paquet pour mon ami Pham. Après-demain, je devrais le glisser discrètement dans sa besace au marché de Passu Keah ou nous irons vendre le fruit de notre pêche. Il s'agit de pellicules photographiques. Elles sont issues de notre frère passeur Khi. Je sais qu'il y a eu une difficulté pour transmettre ce message à cause d'un frère arrêté et interné, ce qui a fait perdre du temps. Mais elles sont là. »

« J'ai enfoui ces trois pellicules dans une boite de thé que j'ai complétée et rescellée moi-même avec de la gomme arabique. Je garde cette boite dans la soute aux vivres du bateau, dans la réserve qui est destinée aux jours de retard à la fin d'une campagne de pêche. De vous à moi, ami Astarté, Ces îles Paracels sont paradisiaques. Passu Keah est ma préférée ! Comme d'habitude, je n'écris rien. Il n'y a pas de trace ! C'était tout camarade correspondant. Longue vie au chef de la Maison Blanche. »

Et Tao referma la porte du four et se retourna pour finir de préparer ses ravioles.

« Tout n'est pas perdu » commenta le capitaine Peters en repliant l'écran. Les pellicules devraient parvenir à Passu Keah, ou Héligoland les transmettra à l'ami Pham. Nous devons nous assurer que Pham parviendra à les donner au 'frère cargo', et que les autorités chinoises ne s'en mêlent pas.



*** ***


Li Ying est marin sur le cargo « Bonté de la mer ». Pour les membres de son réseau qui ne le connaissent pas, il est le 'frère cargo'. Son navire relie chaque semaine Da Nang, au Vietnam et Taipei, à Taïwan. Comme à chaque fois, ce cargo a fait de l'eau à Passu Keah, la seule île Paracels à avoir une source qui n'est jamais tarie. C'est là que le frère cargo peut croiser lorsqu''il le veut l'ami Pham.

Pham est vietnamien. Il vit à Passu Keah, ou il tient boutique. Il y est devenu ramasseur de nacres. Il vend ses nacres aux différends marchés des îles Paracels. Il peut avoir, à l'arrière de son échoppe, des conversations discrètes avec des marins, des pêcheurs. C'est ainsi qu'il reçoit les envois de Chine que lui apporte le frère marin et qu'il donne ceux-ci au frère cargo quelques jours après. Ce dernier emmène à Taïwan ces messages. Comme le lui demande Astarté, il fait en sorte que ces deux frères ne se rencontrent jamais.

Pham est assis à une table couverte de petit coquillages, certains en vrac, d'autres ensachés par genres. il est en pleine négociation avec un client vietnamien pour une série de magnifiques porcelaines tachetées de bleu et de brun de un pied et demi de longueur. Les étagères sont couvertes de pots de verre dans lesquels se trouvent des coquillages de différentes espèces, classés par tailles.

Les cannisses de l'entrée, fait de minuscules coquillages enfilés sur un rideau de lignes de pêche, s'écartent soudain. Entre un homme corpulent, au crâne rasé, vêtu d'un treillis militaire troué au manche et aux genoux.
« Je te souhaite la bienvenue, Li Ying, s'exclame Pham en se levant pour accueillir son contact. J'ai juste fini avec le camarade Duong. » Se tournant vers son client :
« Nous nous revoyons après-demain, camarade. »

« Camarade Li Ying, j'ai pensé à toi. j'ai pour toi ces deux gros buccins blanc, reprend Pham, n'oublie pas que tu dois m'acheter quelque chose à chaque fois que tu viens pour ne pas éveiller les soupçons du camarade commissaire politique de la capitainerie de Passuh Keah. » Li Ying fait la moue :
« Tu me donne toujours des buccins. Ils ne se vendent plus à Da Nang. J'aimerai quelque chose de mieux. »
« J'ai un meilleur choix dans mon arrière boutique. Viens. »
Pham emmène Li Ying à l'arrière de son échoppe. Aussitôt :
« Regarde ces nacres ! » Il lui montre un lot de petites nacres roses striées. Il enchaîne alors :
« J'ai un envoi pour toi, frère. » Il fouille dans un pot de terre rouge plein de petites porcelaines de trois millimètres, et en ressort la boite de thé de Tao le frère marin.
« Voici pour toi. Pour les nacres, tu me dois cinq yuans. Cela fait quarante deux yuans que tu me dois en tout ! Je veut que tu règles ta dette aujourd'hui. Sinon, je vais finir par en parler au camarade commissaire politique. »
Tout en bougonnant, Li Ying s'exécute. Il fouille dans la poche ventrale de son treillis et en sort quelques billets et des pièces. Il paie le négociant espion. Puis il prend le sachet de nacres et la boite de thé, dont il ignore le contenu, des mains de Pham et les mets dans la même poche. Prenant congé, il salue son ami négociant cérémonieusement en joignant les mains et en se penchant en avant. Puis il sort. Son bateau s'en retourne à Taïpei le soir même.



*** ***


Dans le public du « Kumquat d'Or », une petite salle de concert près du port de Taïpei, l'excitation est à son comble. Les spectateurs reprennent en chœur la dernière chanson et tapent dans leurs mains au rythme. Quelques marins américains en uniforme sont disséminés dans les rangées de sièges. Ils marquent le rythme et crient leur admiration pour la chanteuse. La belle Lung a une tunique dorée aux épaulettes noires, un pantalon bouffant bleu roi et une ceinture tressée noir et or. Elle entonne de sa voix cristalline des chansons, tour à tour balades sentimentales et rythmes pleins de vie. Elle s'exprime, soit en anglais, soit en chinois, marquant le rythme en ondulant de tout son corps aux courbes longilignes. Les fines lignes de son maquillage rehaussent son teint très clair. Les deux guitaristes sont magistraux, hypnotiques. L'un, Silver Kao, tire des hululement graves et répétitifs de son instrument en l'effleurant à peine, tandis que l'autre, Copper Kao, produits des accords aigus et puissants qui répondent à la batterie de Chung. Les lumières absolument blanches éclairent les percussions de Chung et les chevelures cuivrée et argentée de chacun des deux guitaristes. La chanteuse reste dans l'ombre, à peine esquissée par une lumière en contre-jour. Lorsque sa voix s'éteint, on peut distinguer une dernière fois le son des clochettes, des colliers de coquillages et le gong dont le batteur Chung agrémente sa partie. A la fin, les deux compères guitaristes se rapprochent de Lung et tous trois saluent dans un tonnerre d’applaudissements.

Lung la star a appelé son groupe « Le petit volcan capitaliste ». Elle écrit elle-même ses chansons aux textes poétiques, humoristiques et engagés qu'elle chante en solo. Sur ses paroles, les deux frères Kao composent cette musique pop électro simple, brillante, au rythme rehaussé par les facétieuses percussions de Chung. Depuis deux ans, ils se produisent dans différentes salles de Taïwan. Le « Kumquat d'Or », un ancien entrepôt situé à un jet de pierre du port, transformé en salle de concert pop par un astucieux gérant américanophile, est leur lieu de prédilection.

Le public se lève, va au bar. Quelques fans s'avancent vers la scène pour parler aux musiciens. De jeunes taïwanais entourent la chanteuse. Le quartier-maître de première classe Jabber s'approche timidement de celle-ci pour lui demander un autographe, tandis que le midshipman Kipling monte sur la scène rejoindre son ami Chung. Tout deux descendent dans le recoin du premier dessous qui sert de coulisse, sous la scène. Au milieu des tubes et des outils, des câbles, des vêtements, des bijoux, des reliefs de repas et des bouteilles, se dissimule un bouddha de cuivre de deux pieds de haut. Chung, qui s'avère être le 'frère de Taïpei' dans le réseau, prend le bouddha d'une main, dévisse délicatement la tête de la statue et plonge la main dans son buste. Il en sort la boite de thé que le 'frère cargo' lui à remis l'avant-veille à la fin d'un autre concert.

Chung donne la boite contenant les pellicules au midshipman qui la glisse prestement dans une sacoche blanche marquée d'une ancre et d'une grenade et portant l'inscription « USS Madison » qu'il porte en bandoulière. Après une dernière accolade, le marin de l'US Navy rejoint son groupe d'escale qui sort de la salle. Alors qu'il s'apprête à revenir sur scène, Chung, notre frère de Taipei, s'immobilise comme saisi et s'exclame : « Bon sang, j'ai failli oublier Astarté ! » Il fait aussitôt demi-tour et se dirige droit vers l'escalier menant au deuxième dessous.

Marchant en ordre impeccable, les marins regagnent le bord. Ils ne sont jamais ivres. Ils savent qu'ils risqueraient d'être mis aux arrêts de rigueur sur leur unité navale. Une fois remonté à bord de « l'USS Madison », le midshipman Kipling remettra cette boite à son supérieur. Les photographies des documents tibétains seront numérisées, chiffrées puis enfin envoyée en Amérique par l'opérateur de transmission du navire de guerre.



*** ***


Dans un vrombissement hallucinant, avec un léger roulis, nous nous approchons de la façade d'un pavillon de meulière aux arêtes de pierre grise. Ce pavillon est bâti dans un jardin planté de saules pleureurs et d'aucubas entourant une pièce d'eau, avec deux grandes vasques encadrant un massif d'hortensias. Soudain, nous basculons dans la maison ; dans un petit salon au papier peint saumon et bleu pale figurant des dragons. Au fond, se trouve une crédence noire sur laquelle sont présentés une grande coupe lie-de-vin et des cloisonnés chinois bleus. La table au centre porte des pages de notes, des photographies.

Hélène Boucher est assise. Elle est anxieuse. Ou plutôt elle a le trac. Elle va recevoir des journalistes pour son exploit Paris Pékin en solo. Son mari, Jeremy Knightley, est depuis peu en affaire avec un nouveau client, le syndicat des propriétaires récoltants de l'Entre-Deux-Mers, pour les aider à exporter vers la chine. Il passe la tête par la porte :
« Trésor, je file à l'entrepôt, j'ai un rendez-vous urgent avec un négociant de Marmande »
« il ne faut pas le louper, celui-là, répond elle, nous avons besoin de lui. Son vin est si peu cher ! » Puis s'adressant à la bonne d'enfants :
« Annie, il faut emmener les enfant à la salle de jeux. Ils ne doivent pas revenir au petit salon avant dix-sept heure. Je reçois ces messieurs de « L'Éclair de Paris »
On entend la voix de la petite Jacqueline qui se plaint:
« Maman, j'en ai assez de la salle de jeux, Thomas, il triche tout le temps. Je voudrais aller chez Hector. »
Entre Lucien, en livrée rayée noir et or :
« Il y a des lettres pour Monsieur, glisse-t-il respectueusement. Une vient d'Angleterre ; de Monsieur Knightley père. »
« Mon mari vient de partir au travail. Il faudra les lui donner au souper » répond Hélène à son valet.

Maintenant le salon a triplé de taille. Deux hommes y font face à Hélène et discutent avec elle.

- Madame Knightley, me permettez-vous de vous appeler Hélène Boucher ? Cela serait plus simple pour nos lecteurs.
- Bien entendu, monsieur, Mais il siérait de citer mon mariage avec Jeremy. C'est si nouveau pour moi !

- Hélène Boucher, pouvez-vous nous dire quelles ont été vos impressions lors de votre emprisonnement par la garde impériale chinoise ?
- Eh bien, ces hommes semblaient très brutaux de prime abord, mais comme je me laissais faire, ils m'ont laissée marcher au milieux d'eux. Les gardiens aussi ont été très gentils. Je n'avais pas beaucoup à manger. J'avais faim, je m'ennuyais. Les gardiens m'ont appris le chinois ! Le plus dur est que je n'ai vu personne d'autre qu'eux pendant toutes ces semaines. C'est mon cher Jeremy qui a obtenu ma libération.
- Hélène Boucher, que ressent-on quand on est seule dans un avion pendant autant de jours ?
-Eh bien là, au contraire, j'étais très occupée. Je n'avais pas beaucoup de temps pour les états d'âmes. Il y avait la fatigue et le sommeil. Il y avait la peur et surtout un grand sentiment de solitude ; et dans les dernières heure l'excitation. Un sentiment de victoire. Je me demandais comment cela se finirait. Je n'avais pas prévu la fin.
- Quel a été le moment le plus difficile ?
- Le moment le plus difficile à été le franchissement du Tibet. Particulièrement le survol de Yenaizhong. Il y a eu à ce moment une mini-tornade qui a failli me perdre.

Je regarde le photographe de l'« L'Éclair de Paris » Au moment où il allume sa mèche de magnésium, je le vois se déformer, osciller rapidement de gauche à droite et s'évanouir dans la fumée de sa mèche alors qu'une voix familière clame :
« Commandant Bouchard, commandant Bouchard ! »



*** ***


« Commandant Bouchard, Commandant Bouchard ! Réveillez-vous mon commandant ! »
Je sentais la main du capitaine Peters qui me secouait l'épaule. J'ouvris les yeux. Le capitaine avait l'air à la fois content et désappointé. Je m'asseyais sur la couchette, je remis de l'ordre dans ma chevelure, j'enfilais ma veste et la reboutonnais. Enfin je mis ma casquette.
« Il y a un message de la base de Milwaukee. La base relaie un message spécial du quartier général du Pentagone. Nous avons les félicitations personnelles du général Hadley. Notre mission est un succès total. Mais la base précise que l'opération ne va pas être prolongée. L'ensemble du dispositif est mis en sommeil. Il se passe un évènement considérable : Mao Zedong, le grand timonier, est mort ce matin. Nous devons immédiatement quitter l'espace aérien chinois et regagner l'océan pacifique par la route C. »







FIN

  J´aime tout, malgré mon air de rien..... Tout toucher tant que ça m´fait du bien. - Enzo Enzo
LeVentQuiSeLève


Faut dire qu´elle était belle Et ... je ne suis pas beau...
   
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  Publié: 29 sept 2014 à 04:02 Citer     Aller en bas de page

Bonjour,

Je me suis bien amusé à écrire tout ça.
Je ne crois pas que j'écrirais une suite bientôt. Je ne contrôle pas mon imagination. J'aime la suivre en écrivant des choses très variées...

Mais sait-on jamais ?

  J´aime tout, malgré mon air de rien..... Tout toucher tant que ça m´fait du bien. - Enzo Enzo
Sybilla

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  Publié: 1er oct 2014 à 17:21 Citer     Aller en bas de page



Bonsoir LeVentQuiSeLève,

Merci pour cet écrit que j'ai lu en entier et qui m'a faite sourire.
:

Mes amitiés

Sybilla

  Le rêve est le poumon de ma vie
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