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  Publié: 18 déc 2009 à 13:10
Modifié:  19 déc 2009 à 08:42 par Kaissy Tadrim
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Bienvenue chez Toi…

D’aussi longtemps que je me souviens, j’ai toujours eu cette présence rassurante qui se tenait à mes côtés, lorsque lentement les voiles de la nuit venaient m’enlever. Sans elle, je me sentais frêle, vulnérable face à mes peurs enfantines. Elle était ce sourire qui éclairait mon sommeil, en elle seule je pouvais m’abandonner entièrement. Cette présence était le souffle de vie qui sort maintenant de mes lèvres, elle était ma vie, elle l’est encore aujourd’hui.
Raconter ce qu’elle fut pour moi, réveillera cette délicieuse réalité, qui dans mes songes revient doucement caresser mon âme de ses doigts tant aimés. A cette époque je n’étais pas préparée à ce qui aller être mon devenir. J’avais 18 ans. Tout le monde sait qu’à cet âge les jours défilent sans qu’on puisse les saisir, autant essayer de retenir une cascade avec une seule main. C’est ce que j’ai fais pourtant, j’ai attrapé le vent avec mes doigts, j’ai saisi la lumière avec mes lèvres, j’ai touché le cœur du ciel. J’ai fais ce qui apparaissait comme impossible. J’avais 18 ans et Lui… Lui, il en avait seulement 19…


« Lundi 7 Décembre,

Elle était là, comme à son habitude, attendant son train. Frêle et vulnérable, voilà comment je l’ai reconnue. Assise sur un banc, les genoux regroupés sous son menton, les bras les embrassant. Elle était là, elle et ses cheveux en désordre, une mèche d’un noir de jais faisait sa rebelle, cachant en partie ses yeux d’un brin vert. Seule comme toujours, elle patientait le regard perdu sur les rails. Je me suis toujours demandé à quoi elle pouvait bien penser, était-elle emportée par un tourbillon de souvenirs, ou de rêves d’avenirs ? Un jour je le saurais, car j’irais lui demander. Encore faut il prendre mon courage à deux pieds, en effet ce sont eux qui restent toujours momifiés dès que je l’aperçois. Je n’ose m’approcher plus, je reste adossé au mur de la gare, restant sur son côté. Et je ne bouge pas. Je ne bouge toujours pas lorsque le train siffle son arrivée, je ne bouge pas lorsqu’il s’arrête, je ne bouge pas lorsque tout le monde se presse pour monter à l’intérieur. Je ne fais aucun mouvement, seul mon regard est vivant. Mes yeux ne la quittent pas une seule seconde, je la vois se lever, rejeter sa mèche sur le côté, puis prendre son sac, et enfin monter dans le train. Mon corps se fond dans le mur, je ne suis qu’un bloc de pierre qui regarde un train passer. Lorsque mes yeux n’arrivent plus à voir la masse noire qui s’est perdue à l’horizon, je bouge pour la première fois. De pierre, je me fais plume et m’envole vers ce banc. Je m’assois, je remonte mes genoux et les embrasse de mes bras. Je ferme les yeux. Et je respire. Son parfum ! A mon tour, j’attends un train, le prochain. Peut être aurais-je le courage demain de prendre le même qu’Elle, qui sait ? Cependant, pour le moment je patiente. Ce qui me réconforte c’est que tous les deux, on va dans la même direction. »


« Lundi 7 Décembre,

Il était là, comme chaque matin depuis deux ans, immobile contre ce mur. Secret et inaccessible, c’est ainsi que je me le représentais. Il ne dépareillait pas de l’ordinaire, de noir vêtu il se faisait élégant, sans plus. Je n’ai jamais su pourquoi il se tenait là bas, assez loin de moi, mais assez près pour que nos regards se croisent… souvent. Il m’inspirait confiance, il m’inspire toujours confiance en fait. Je ne sais pourquoi, mais à la différence des autres, je me sens comprise dans son regard, je me sens protégée par le velours de ses yeux, l’étincelle ardente qui y brille, parcourt mon visage si souvent qu’une floraison de perles viennent humecter mon front. J’ai toujours essayé de me faire petite, de ne pas attirer l’attention. Pourtant sous le feu protecteur de sa présence, il n’y avait rien de plus agréable que de se laisser porter par ce halo de douceur et de tendresse, que je n’avais jamais reçu… jusque là. Je me souviens que je me suis pelotonnée tout contre moi histoire de me faire encore plus petite et d’avoir fixé les rails sans pensées aucunes. En effet je n’arrive à penser à rien sur ce banc, à rien… sauf à cette présence. J’oublie ces appels qui reviennent sans cesse me hanter, j’oublie ces cris, ceux d’une enfance qui n’en fut pas une. Je suis frêle et fragile, mais pas sous son regard. Lui, ce roc noir mystérieux qui sait chaque matin me donner des frissons, Lui qui chaque jour s’emmure, se fige, se fait statue, ma statue. Lui qui reste sur le quai, même lorsque le train dans un dernier virage disparait. Aujourd’hui je n’ai eu qu’une envie, celle de venir me blottir dans ses bras, de lui demander de venir avec moi, ensemble dans la même direction. »


« Mardi 8 Décembre,

Il a fait froid ce matin. La pluie s’est ajoutée. Tous ce sont ligués contre moi, j’en ai bien l’impression. Il y avait cette place vide à côté d’Elle, une place qui brûla le vide de mon cœur, une place qui m’appelait dans un roulement de plus en plus bruyant, une place sur laquelle Elle posa sa main… sa Main ! Le froid qui venait en gouttes glaçantes noyer ma tétanie, ne pouvait éteindre l’incendie ardent qui se propageait dans mes veines, mon sang en ébullition se fondit de passion, se répercutant en écho aux battements de mes désirs. Mais j’ai dù me calciner entièrement et mes jambes avec, car je n’ai pas bougé, toujours pas. Le train partit encore sans moi… avec Elle. »


« Mardi 8 Décembre,

Il pleut et j’ai froid. Je n’aime pas ce temps, je ne l’ai jamais aimé, il fait partie de ce morceau de passé qui s’efface peu à peu. Pourtant contrairement à cette époque, la pluie ne m’a pas touchée ce matin. Elle s’est contentée d’une seule proie. Le pauvre ! Comment fait-il pour rester sous ce déluge ? Je pourrais le prendre pour un fou, mais à le voir ruisseler ainsi j’ai plus envie de le rejoindre, d’aller moi aussi me coller contre ce mur. Me noyer dans ce courant de pensées qui affluent en mon âme et qui m’emplissent d’une fraîcheur nouvelle. Un baume apaisant qui comme ces gouttes de pluies, roulent sur mes anciennes blessures, effaçant peu à peu le Souvenir… Sa main essuyant ses paupières lourdes de larmes célestes. Comme j’aimerais qu’Elle vienne recueillir en son creux, la pluie de mon cœur. Mais il reste… là bas. Il ne bouge toujours pas, je voudrais tant que le train parte sans moi et que je reste… avec Lui. »


«Mercredi 9 Décembre,

Pour la première fois ! Pour la première fois depuis deux ans ! Je me suis enfin approché du banc, je me suis même assis dessus, et cela avant Elle. Pour la première fois je suis monté dans le train, le même qu’Elle. Mais pour la première fois, il n’y avait pas de parfum dans l’air, et le train s’est enfui sans Elle. »


« Mercredi 9 Décembre,

La nuit est revenue, mes yeux se sont à nouveau voilés par ce que je viens d’apprendre. Ils sont libres. Ils sont à nouveau libres, ces fantômes que j’avais longuement appris à oublier. Mes cicatrices viennent d’ouvrir les vannes de mes peurs. Je suis petite, toute petite sous ma couette, je me suis recroquevillée ce matin, et je ne prendrais pas le train. Dehors Ils sont libres, ceux qui volèrent mon enfance, ceux qui me prirent mes rires et mes sourires, ceux qui tuèrent dans mon corps, l’étincelle de vie. J’ai peur, si peur dans ce lit, si peur de cette nuit d’enfance, de cette Lettre. J’aimerais me croire invulnérable et forte, j’aimerais aller affronter la liberté que je dois à nouveau partager, j’aimerais aller le retrouver Lui. Je voudrais tant monter dans ce train, me blottir dans ses bras, m’enfuir avec Lui. »


« Jeudi 10 Décembre,

J’ai cru au dernier moment qu’Elle ne viendrait pas. Installé dans le train, attendant son départ, je n’ai pas aperçu Son arrivée. Elle était là, à la porte du wagon, me regardant de ses grands yeux d’un brin vert. Elle ne bougeait pas, Elle n’osait pas entrer. Son regard à demi caché par sa mèche, me criait de venir la prendre dans ses bras, de la blottir tout contre moi. Je me suis levé, et je me suis approché. Chaque pas, m’invitait au suivant en une danse, qui prenait toujours plus de vitesse. La valse de mon cœur m’entraina en un tourbillon d’émotions qui grandit lorsque, inconsciemment, ma main saisi délicatement la sienne, l’invitant à s’asseoir à mes côtés. Son visage reflétait milles et unes expressions, qui se rejoignaient en une poussière de larmes, perlant sur la douceur de sa joue. De mes doigts je suivis le cheminement, un tracé qui m’amena sur le coin de ses lèvres. Ne la quittant pas un seul instant des yeux, je pu lire tout le soulagement, la détresse envolée. Je compris alors qu’Elle m’attendait depuis deux ans, depuis le jour où frêle et vulnérable, elle s’est blottie sur ce banc. Elle m’attendait. Et ce matin, pour la première fois, je la tenais dans mes bras, dessinant le contour de ses lèvres avec le bout des doigts. Elle, enfin, m’envahit de son parfum, ses cheveux voilèrent mes yeux de rêves inassouvis, ses lèvres cherchèrent les miennes. L’incendie reprit et embrasa nos deux êtres. Pour une fois, je fis ce que j’avais longuement espéré. Etre monté avec Elle, en accord parfait dans la même direction, nos destins liés. »


« Jeudi 10 Décembre,

Cela faisait déjà plusieurs minutes que je le regardais. Seul et accessible, pour la première fois ! Il suffisait que j’entre dans ce wagon, mais malgré l’envie grandissante de hurler mes désirs, mes pieds ne voulurent pas s’élancer, j’étais figée. Et cela d’autant plus, lorsqu’enfin, il m’aperçut. Je n’avais jamais su qu’il était possible d’être la raison d’une telle émotion. Elle, si brillante dans son regard, qu’en être la cause me rendit encore plus timide. Son regard noir se reflétait en une intensité qui transcendait tous les astres réunis. Le contour de ses yeux, se profilait davantage à chaque pas qui l’amenait vers moi. Je n’en revenais pas, il venait vers moi… vers Moi ! Sa démarche fluide, s’accorda avec le rythme saccadé de mon cœur, qui augmentait de plus en plus, battant la chamade. Aussi proche qu’un baiser d’oxygène, nos souffles s’entremêlèrent lorsqu’il saisit entre ses doigts finement ciselés, ma main. Il m’attira vers lui, en un imperceptible mouvement, empli de douceur et de délicatesse. J’ai eu du mal à croire que cela était possible, moi qui rêvais depuis longtemps à cette scène, je n’arrive toujours pas à croire que ce fut si simple. Il avait suffi que j’entre dans ce wagon et que je le regarde en face. Je n’étais plus que bonheur, ces peurs d’hier n’avaient plus lieu d’être, j’étais blottie dans les bras de mon rocher, ma mystérieuse statue, celle qui sécha ma peine envolée, retraçant son parcours, comprenant ce que j’ai vécu, et s’arrêta à la frontière de mon envie. Un désir qui se fendit d’un frisson, parcourant mon corps, remonta jusqu’à mes lèvres et se perdit dans les siennes. Un baiser qui dura. Mon espoir est monté avec moi ce matin, nous sommes partis dans la même direction, nos âmes liées par un même destin. »


« Vendredi 11 Décembre,

Je n’arrive plus à parler d’Elle maintenant. Avant ce qui me poussait à écrire sur ce journal n’était que fol espoir et doux rêve. L’intérêt était de mettre en vie les mots et les phrases dans lesquels j’exorcisais mes désirs, que je croyais jusque là, irréalisables. Ce matin ce fut la première fois que je me levais sans appréhender son regard. Elle m’attendait sur son banc et s’est levée à mon approche. Le sentiment qui vibra dans l’air de mon être, ne peut être décrit, enfin, je n’ai pas trouvé les mots. Je me suis souvent dis, qu’essayer de mettre en mots certaines émotions, ne pouvait que ternir leur véritable teneur. C’est pourquoi je ne dirais qu’un seul mot, le seul qui prend réellement tout son sens maintenant… Bonheur. Simpliste il est vrai, mais je n’essaye pas de compliquer ce qui est. Ce fut simplement qu’Elle se blottit contre moi, ce fut délicatement qu’Elle m’embrassa, ce fut doucement que le train s’en alla. »


« Vendredi 11 Décembre,

J’ai mis longtemps à aligner quelques mots, c’est étrange. Pourtant jusqu’à hier j’ai toujours réussi à dessiner mes beaux rêves d’un velours d’encre. J’y peignais des esquisses délicates, finement travaillées, en lesquelles, d’envies je m’y noyais. Elles étaient mon navire à la dérive, ma frêle embarcation sur laquelle je déclamais les nuances colorées, des visions au parfum d’un Lui tant désiré. Je me souviens ce matin comment je me suis sentie vivante. Plus rien ne comptait à ce moment précis. Je l’attendais depuis quelques instants sur le quai, assise dans ma position préférée. Et enfin Il est arrivé. Naturellement, sans fanfares ni triomphe, nulles glorieuses symphonies ne déchiraient l’air, à part le martèlement de mon cœur, il n’y avait pas un bruit. Pas un seul ! Il n’y avait que le silence après la tempête, en l’occurrence celle de mon être, mais un silence si simple, que j’ai voulu l’apprécier dans Ses bras, un silence que j’ai ensuite dégusté entre Ses lèvres, un long silence. Dont l’écho roule encore sur ma langue. Je n’étais plus que Lui, il n’était plus que moi. Mon passé je l’ai laissé sur le quai, avec cette lettre qui avait essayé d’avorter mon bonheur, je ne l’ai pas relue, j’ai même failli oublier d’en parler ici, elle a dû se faufiler derrière le banc lorsque je me suis retournée. De toute façon, mes soucis n’existèrent plus, lorsque le train s’en alla. »


« Samedi 12 Décembre,

Si hier je ne savais qu’écrire, aujourd’hui je ne sais par où commencer. C’est ce que j’ai souvent remarqué lorsqu’on essaye de mettre sur papier, le déroulement de toute une journée. On a envie d’écrire le plus important et de laisser les détails de côtés, mais n’est-il pas plus passionnant d’écrire le meilleur à la fin ? Quand je le relirais, je sais qu’au final une surprise m’attendra, c’est comme délacer la robe d’une mariée, en douceur, sans la froisser, ne pas se hâter, alors qu’au fond de nous une poussée irrésistible nous invite à nous presser. Mais non, car ce qui ressortira du présent aura encore plus de valeur à mes yeux, je suis comme ça, patient. J’ai bien attendu deux ans avant de lui parler pour la première fois, alors je peux patienter encore cinq minutes avant d’écrire cette folle journée. Ce que j’aime surtout, c’est vivre l’impatience, ou la faire vivre c’est selon. Allonger mes récits, afin de trouver une véritable trame et pouvoir ainsi, écrire d’une manière structurée les événements vécus. Donc, ce matin contrairement aux habitudes de la semaine, je ne me suis pas rendu sur les quais, je n’en voyais pas l’utilité car pas un train ne passe le week-end. Je me suis simplement rendu chez Elle. Chez Elle, c’est là bas… encore une fois un peu simpliste même un peu niais, mais là bas, ça veut dire tellement de choses, ça comporte tellement de pensées. Là bas, c’est le lieu qui nous est inaccessible, l’Atlantide de nos attentes, la mer évaporée de nos rêves secrets. Là bas, c’est l’endroit où Elle est déesse, c’est l’endroit où Elle est Tout. C’est le lieu où j’ai passé ma journée, sans avoir une seule fois respiré, enfin c’est ainsi que j’explique mon asphyxie heureuse. En revenant le soir j’ai eu du mal à respirer à nouveau l’atmosphère du monde, j’avais du mal, car je ne voulais pas. Non je ne voulais pas laisser partir le parfum de là bas, qui s’était blotti en mon être, je voulais le garder pour en respirer à nouveau toutes les subtilités et les nuances colorées, sucrées de chacun de nos baisers. Nous avons passé la journée entière à se parler. Se parler de tout et n’importe quoi, sans s’arrêter, il n’y avait qu’un seul sujet sur lequel je n’ai pas osé l’aborder… son Passé. J’ai bien l’impression qu’elle se heurte à des souvenirs, qui viennent à nouveau saillir d’anciennes cicatrices. Elle a eu ce bref regard, affolé, pétrifié, celui que j’ai réussi à dissiper en la prenant dans mes bras. Je ne sais ce qu’il en est, et je ne chercherai pas à en savoir plus, tant qu’Elle n’aura pas fait le premier pas. Car j’ai compris que Là bas, c’était aussi une cachette, un refuge, où l’on était en sécurité, loin de tout ce qui nous attache au monde. Là bas, je fus accepté, et c’est dans un souffle qu’elle me dit : « c’est chez toi ».


« Samedi 12 Décembre,

Je suis pleine de confusion, ma tête explose sous les événements de cette journée. Tout d’abord on pourrait croire, qu’en fait, il ne s’est rien passé, mais ce fut tout le contraire. Il y a des moments de la vie, où des transitions s’effectuent, on passe du monde de l’enfance à celui de l’adulte, on passe du célibat au mariage, on passe du néant à la vie et le contraire s’effectue aussi. Mais aujourd’hui, ce fut simplement Son entrée dans mon existence, ces deux derniers jours je lui ai accordé le droit d’entrer chez moi. Depuis deux ans, il est le seul homme à avoir franchi le seuil de mon appartement… à nouveau. J’ai été effrayée au début, dans la pénombre de la pièce, il avait la même silhouette de mes fantômes, j’ai eu peur. Je crois que c’était une réaction à laquelle il fallait que je m’y attende. Mais cette frayeur enfantine est vite partie lorsqu’il me prit dans ses bras, sans rien dire. Il sait qu’il s’est passé quelque chose dans ma vie, il me comprend, c’est pour cela qu’en lui j’ai une entière confiance. Lui, c’est ma nouvelle liberté, enfin pour les derniers jours qui me restent. Il n’a pas essayé de me brusquer en me posant des questions sur mon passé, il s’est contenté de me faire rire par ce qu’il avait pensé durant ces deux années en me voyant assise sur mon banc. Il a dessiné dans l’atmosphère ses secrets avec des mots enjoués, il m’a fait rire, sourire. En lui j’ai trouvé la force de vivre. C’est pour cela que je lui ai murmuré en prenant sa main et la posant sur mon cœur, “c’est chez toi“. »



Relire à nouveau ces anciennes pages de cahiers, noyés sous l’encre de nos sentiments naissants, fut un bon moment. Je crois que si je fais bien attention, j’éviterais de pleurer à nouveau. Lorsque je me rappelle de ce samedi, je me suis dit que la vie me réservait une autre chance, un second souffle. Et je crois bien qu’en regardant les jours qui se sont écoulés depuis, elle a tenu sa promesse. Aujourd’hui, je suis vivante et cela grâce à Lui. Surtout depuis où il a lu cette lettre, coincée derrière ce même banc où je me tiens actuellement, son journal retrace l’événement.


« Dimanche 13 Décembre,

Elle doit dormir, j’aime cette idée d’une quiétude innocente qui redonne les forces, je crois qu’elle en a besoin, Elle en a le Besoin. Depuis ce matin, où j’ai découvert la lettre, je n’ai pas essayé de la voir. Ce soir, alors que j’allais l’appeler j’ai su qu’elle dormait. Je vais bientôt partir, j’ai juste le temps d’écrire ces dernières phrases, sur ce cahier.
Je me suis toujours demandé, si dans une telle situation, on devait prendre un ton solennel. Ecrire un testament est plus ardu qu’on le pense. Je n’ai rien de matériel à donner, alors rien ne sert d’écrire ceci, pourtant, ce journal m’est bien plus qu’un arbre aplati et blanchi, il est celui qui a recueilli chaque lettre qui naissait de mon cœur. Cet adieu, c’est pour lui, pour cet ami. Dans quelques minutes un taxi, m’attendra en bas de l’immeuble, je descendrai, et m’en irais vers un au-delà. Au fond de ma gorge, est en train de naître une angoisse, non celle de mourir, mais celle qu’Elle l’est peut être déjà… morte ! Cette lettre, trouvée sur le quai, m’a fait prendre conscience de l’importance des secondes qui se sont enfuies, lorsque j’étais avec Elle. Je n’ai pas bien saisi, tout le contenu, j’ai juste retenu cette conséquence qui ressortait à la fin.
“Suite aux derniers examens entretenus, et ayant ton accord, j’ai le regrettable devoir de t’annoncer, que ton activité pulmonaire se dégradera d’ici peu, amenant à ce que tu sais. T’annoncer cela crûment n’est pas un vœu de ma part et tu le sais, il ne reste plus qu’un mince espoir d’un donneur, mais j’en doute, vu les conséquences…“
La lettre finissait là-dessus, l’encre des mots suivants, a dû couler en raison des larmes qu’Elle a laissées échapper. La lettre datait de mercredi. Ce matin elle n’était pas chez elle, ce soir je sais où elle est. J’ai passé toute la journée à signer des papiers officiels, à m’inscrire dans le registre des donneurs. Je suis compatible, ça je le savais depuis le début. Alors sachant qu’elle a besoin de mon air, je pars lui offrir ce second souffle. Elle est tout pour moi, bientôt, je serais en Elle, chez moi.
Le taxi est en bas… »


Je suis en vie, et cela grâce à Lui, il m’a offert ses poumons. Sa présence reste constante, à chaque pas que je fais, c’est lui qui m’aide à continuer, aujourd’hui, il est ma vie.
Je reste encore assise sur ce même banc, où il y a 10 ans il est venu me rejoindre. Sa place est toujours la même, mes doigts en caressent tout les côtés. Une place lisse, douce, comme tous les mots qu’Il m’a adressés. Mais là, il y a une petite bosse, puis un petit creux, encore une petite bosse et encore un petit… Aie ! Le souvenir me revient, pourquoi suis-je revenue ici ? Essayer de revivre ce passage « heureux » de ma vie ? Où me faire souffrir à nouveau ? Ces bosses et creux me rappellent une autre image, celle de mon électrocardiogramme. Une petite bosse, un petit creux, qui s’espacent de plus en plus… Mais quel imbécile ! Il n’a pu lire qu’une partie de la lettre, le reste lui aurait montré qu’il n’y avait pas que ce problème. Ce virus qui me tue petit à petit, depuis que je me suis fait violée, s’est propagé bien ailleurs. Pauvre ignorant ! Tu n’as retardé que l’échéance.
Un train vient de passer, je ne monte pas. Un second, toujours pas, il ne m’a servi à rien. J’attends un troisième départ, qui ne vient pas. Il n’y a plus de statue à la gare, il n’y a plus personne sur les quais. Je me sens frêle et vulnérable. Rejetant ma mèche derrière l’oreille, je regarde à gauche, à droite, rien, un vide. Il n’y a qu’un léger vent, qui m’apporte les effluves d’un passé, trop vite consommé.
Une colère…
J’écrase mon mégot, sort une dixième cigarette… toujours pas de train… je l’allume… si seulement tu m’avais donné ton cœur… je respire… du tabac… bienvenue chez Toi.

Pascal
07-13/12/09

 
Titou[Snif]


Il y a ces mots qui ne servent à rien, ces regards qui en disent long...
   
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  Publié: 18 déc 2009 à 14:03 Citer     Aller en bas de page

Ca me rappelle E=mc2 mon amour.. l'homme et la femme narraient un chapitre sur deux...
enfin je me perds
Je l'ai lu, difficilement je dois l'avouer
difficilement parce que lire sur un écran c'est pas top
mais ton récit m'a emporté.
c'est magnifique
une foule de détail, d'importance.. alors que ce ne sont que des détails
un banc... un train.. des choses qui me parlent véritablement

Ta nouvelle est sublime
tu excelles la aussi, mais quel est ton point faible?

une larme suit ses copines sur mon visage
je suis touchée

Bravo mon petit Frère ta plume te ressemble

  Tomber dans le coeur d'un adolescent qui .. ressemble à l'ado qu'on était.. c'est doux comme tomber sur un nuage...
Kaissy Tadrim


Faites l'humour, pas la gueule!
   
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  Publié: 19 déc 2009 à 08:47 Citer     Aller en bas de page

Sublime! Je n'en reviens pas!
Du grand art, et je pèse mes mots et mes larmes!

  Viridiane, jamais je ne t'oublierai!
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  Publié: 19 déc 2009 à 13:57 Citer     Aller en bas de page

Il faut que je vous remercie tous les deux d'avoir eu le courage de tout lire, il faut vraiment m'aimer un peu pour cela

Marjorie
J'ai publié cela suite à ton message, non parce qu'il y répond mais parce que cela a permis de penser à autre chose et justement à te souvenir d'un autre banc, d'un autre train... un "petit" moment de lecture, dont je te l'accorde serait préférable sur papier, l'écran fait mal c'est dommage.
Pour E=mc2 je n'y avais pas pensé
Encore une fois j'étais tout drôle lorsque j'ai posé la fin. J'ai écris cette nouvelle jour après jour, sans savoir comment elle se terminerait, le titre se construit petit à petit, avec ces "chez toi", et cette amertume qui ressort au final. Une bouffée de tabac, et un "bienvenue chez toi".
Merci beaucoup d'avoir aimé lire cette montagne qui en rebutera plus d'un, dommage, j'aurais sûrement dû publier une partie puis une autre après, mais je ne savais où couper et où recommencer. Les jours qui défilent sont fait pour être attachés au suivant et non le contraire.
Un gros bisous pour toi, je répondrais bien mieux à ton message en laissant éclater toute ma folie
merci encore
Petit frère

Kaissy
Ton commentaire me touche beaucoup, surtout je sais que tu pèse bien tes mots, une preuve: tu m'as corrigé et là chapeau, tu as mis toute ta volonté pour parcourir tout ce bloc. Mais si au final, tu en es ressortis avec quelques larmes, je peux te remercier d'avoir saluer ainsi mon travail.
Merci Kaissy de ce gentil commentaire...
Du grand art... pas encore, je ne pense pas,enfin je ne me cache pas, je suis content de l'avoir écris.
Amitiés
Pascal

 
SélénaéLaLouveFéline


"Vient qui veut, reste qui veut, part qui veut"
   
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  Publié: 23 déc 2009 à 07:09 Citer     Aller en bas de page

AStre

Géant, Magnifique, extraordinaire, j'ai bouffé ces lignes, cette histoire prenante... Et j'ai laissé couler mes larmes....

Sélénaé encore plus heureuse de vous avoir lu ..

 
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  Publié: 23 déc 2009 à 07:37 Citer     Aller en bas de page

Malika
Si les premiers mots t'ont plus, alors je suis heureux de t'avoir charmé...
Il suffira de lire petit à petit, je suis désolé d'avoir publié ce bloc d'un coup,(ce n'est pas un test pour voir qui m'aime bien mais simplement parce que je n'arrivais pas à couper cette nouvelle, comme je l'ai dis pour Marjorie)
Gros bisous à toi
Ton ami
Pascal

Sélénaé
Vous avez pris votre courage à deux yeux, et je vous en remercie, parcourir cette nouvelle sur un ordinateur n'est pas le top, mais qui sait un jour tout sera sur papier...
L'enthousiasme qui transpire de vos mots, vient me noyer sous des éloges qui viennent humecter ma fierté, je suis ravis de votre lecture qui fut, selon vous, fort plaisante!!
Pascal qui écrira encore, s'il peut procurer une telle joie ...

 
Zuvedra


" Quoi que vous ferez, ce sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez." Gandhi
   
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  Publié: 4 nov 2010 à 16:34
Modifié:  4 nov 2010 à 16:36 par Zuvedra
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On a le droit de ne rien dire ? Juste de laisser le silence parler? Car tant d'émotions ... les mots m'échappent...

  Zuvedra
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  Publié: 10 déc 2010 à 06:39 Citer     Aller en bas de page

Zuvedra

Ce texte est fais pour cela... une émotion, quelle qu'elle soit...
Merci beaucoup !!!
Amitiés
Pascal

 
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