C'était presqu'un miracle d'avoir pu le dire ou d'avoir su le faire. Ce n'est pas quelque chose qu'on oublie au milieu de ces presque riens qui remplissent des heures et qui n'occupent pas la moitié de nos affaires. Le grand avec les grandes mains, on l'appelait Henri ; ce n'était pas vraiment un ami, peut-être un grand frère. A vrai dire, je ne savais pas trop qui il était, je savais juste qu'il était là et qu'il bossait avec mon père. Il disait jamais rien, à peine, hochait-il la tête, histoire de me faire sourire. Des fois je me disais que s'il gardait le silence, c'était pour éviter de dire des bêtises et d'autres fois, je me disais qu'il était peut-être muet ou timide.
J'aimais jouer de ça, lui faire des misères, me frotter contre lui, me jeter dans ses bras juste pour le voir rire et en l'espace d'une seconde, le faire rougir. Je ne voyais que ça, comme si en un instant, tout ça, ça ne pouvait que tiédir. Il n'y avait rien à retirer, ni l'insouciance, ni la gêne. Il y avait chaque geste et l'envie manifeste de ne rien laisser s'échapper de ce vaste empire.
Je savais qu'un jour, il serait temps et à l'aube de mes dix-huit ans, j'ai fugué, je suis partie. Mais je ne suis pas allée très loin.
J'ai traversé le jardin et je l'ai rejoint. De proche en proche, de plus en moins, je me suis brodée la note que j'allais lui jouer. Il n'a pas dit oui. Il n'a pas dit non. Il m'a juste laissée traverser le salon. Je ne sais pas ce qu'il a pensé, je ne sais pas s'il a su vraiment pourquoi il aurait dû s'arrêter de jouer. Je sais juste que nous avons dansé, valsé, poussé chaque porte qu'il y avait sous le toit de sa maison.
C'était presqu'un miracle d'avoir pu le dire ou d'avoir su le faire. Ce n'est pas quelque chose qu'on oublie au milieu de ces presque riens qui remplissent des heures et qui n'occupent pas la moitié de nos affaires. Je sais juste qu'il y a eu la police qui est venue au petit matin et qu'il n'a su que dire en me lâchant la main. Je sais juste que j'ai pleuré sans trop savoir pourquoi, j'avais perdu quelque chose et je ne savais quoi, le jour de mes dix-huit ans.
Tilou
Un défaut : un coeur mal calibré qui bat au sein de sa poitrine... Mais qu'importe puisqu'il tiendra dans Sa Main à Elle..
La lecture m'a surprise au premier abord, j'ai relu car j'ai entendu la mélodie sans trop savoir pourquoi puis j'ai vu cette belle structure, la reprise poétique et cette fin si joliment tournée.
@Alex : Sûr qu'il en manque un gros bout de l'histoire... En fait là, c'est un bout qu'est venu tout seul... C'est une amorce... Le "problème" dans la "conversion" à un écrit plus long, ça serait (et c'est) d'organiser le fil de l'histoire... Je l'ai déjà dit ailleurs mais cela à ma manière d'écrire mes récits de "fiction" (toujours issus de bouts de journal... mais du coup, noyés dans l'entre-croisement d'autres histoires, un peu comme la vie... dans une journée, on ne vit pas "une" histoire mais plusieurs au sens récit/nouvelle... le tout est de rassembler le tout et de reconstituer les morceaux qui sont implicites...-ceux que j'ai pas consignés-)... Peut-être que je convertirai mais faudrait d'abord que je termine déjà ce que j'ai commencé sur d'autres...sinon... commence tout et termine rien... j'aime bien les points de suspension mais c'est un peu dommage pour ceux qui veulent lire une histoire complète.
@opium : est-ce la mélodie ou le sujet qui t'a surprise ?... Je ne suis pas sûr d'avoir saisi cela... ... Pour la mélodie... oui... c'est venu à mi-chemin entre le début de nouvelle et le poème.... Et puis comme dirait Rose, je "musique" même ma prose^^ c'est un toc
Merci vous deux.
Un défaut : un coeur mal calibré qui bat au sein de sa poitrine... Mais qu'importe puisqu'il tiendra dans Sa Main à Elle..
Il y aura sûrement une suite du reste... Car l'idée me trotte pas mal dans la tête... D'aborder ce thème.
J'espère que je pourrai garder cette fluidité sur la longueur. Faudra juste que l'histoire ne soit pas trop restreinte à l'objet mais s'étende sur plus large.
Merci du point de vue.
Amicalement
Tilou
Un défaut : un coeur mal calibré qui bat au sein de sa poitrine... Mais qu'importe puisqu'il tiendra dans Sa Main à Elle..
Les membres qui ont aimé ce poème ont aussi aimé les poèmes suivants :
Nous n'avons pas assez de données pour vous afficher des recommandations. Aidez-nous en assignant une cote d'appréciation aux poèmes que vous consultez.
Tous les textes hébergés par La
Passion des Poèmes sont protégés par les lois
de la protection des droits d'auteurs ainsi que par des traités
internationaux. Il est strictement interdit de distribuer, d'afficher
ou d'utiliser ces textes de quelque manière sans l'autorisation
de l'auteur du texte en question.