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Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège


Helios
   
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Modifié:  20 oct à 16:02 par Tychilios
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Le rossignol et les cochons sauvages.

Un rossignol doté d’un chant extraordinaire enchantait les sous-bois tous les petits matins (de 5 h 30 à 9 h 45) sauf les samedis, dimanches et jours fériés. Je sais bien que certains membres de la corporation des rossignols-chanteurs commencent plus tôt dans la nuit et chantent aussi les week-ends, mais celui-ci n’était pas noctambule. Certains d’entre vous pourraient penser qu’il était un peu feignant, mais il fallait qu’il ménage son appareil vocal exceptionnel et il avait à charge toute une petite famille.

Ses trilles ondulaient au-dessus des arbres comme des guirlandes de cristal. L’expression est agréable, bien qu’on imagine assez mal ce noble matériau composé de silice et de fines particules de plomb se déplacer par-delà la canopée avec une telle facilité. Les divinités sylvestres, qui étaient encore assez nombreuses à l’époque étaient ravies par cette animation régulière et gratuite. Elles étaient pingres comme c’est souvent le cas pour ceux qui perçoivent des revenus assez élevés. La plupart de ces dieux humides au teint pâlichon étaient déçus qu’il ne veuille vocaliser 7 jours sur 7. Ils avaient bien essayé de négocier un contrat un peu plus contraignant, mais le volatile chanteur ne recevant aucun traitement, elles se résolurent, non sans rechigner à accepter ses conditions. Il ne fallait tout de même pas pousser le bouchon trop loin, elles n'en pensaient pas moins que les choses n’étaient plus ce qu’elles étaient avant, mais compte tenu du coût imbattable de cette main-d’œuvre, elles durent se résigner à occuper leur matinée de fins de semaine autrement ; elles avaient décidé de continuer de dormir.
L’oiseau se nommait Jean-Pierre, mais tout le monde l’appelait « le Caruso des surfaces boisées », en référence au patronyme d’un maître de l'opéra aujourd’hui oublié. C’était assez long à prononcer, mais quand même plus flatteur que Jean-Pierre, sachez bien, cependant que je n’ai rien contre ce prénom quelque peu passé de mode. C’était en tout cas absolument inapproprié, puisque le registre vocal du passereau chanteur oscillait de soprano à contre-ténor, ce qui comme chacun le sait (du moins ceux qui s’intéressent à l’opéra) n’a rien à voir avec celui de ténor. Jean-Pierre n’affichait pas le plastron flamboyant et ostentatoire de son cousin René, le rouge-gorge, qui avait la grosse tête. Il préférait une tenue plus discrète, grisâtre et assez passe-partout, mais lorsqu’il ouvrait le bec, les hôtes de la forêt qui n’avaient souvent rien de plus passionnant à faire s’immobilisaient encore un peu plus pour entendre son récital. Et tous ces hôtes familiers, et les putois et les fouines, et les souris et les mulots écoutaient, loin des sentes et loin des routes, le bruit de Jean-Pierre. J’emprunte ici au talent d’ Émile Verhaeren, même si toute la faune de son poème « Le chant de l’eau » n’écoutait pas Jean-Pierre, mais le bruit d’une rivière qui passaient dans le coin. Les lecteurs lettrés et ce n’est pas un pléonasme apprécieront je suis sûr cet hommage au grand poète Wallon.
Tous les matins de la semaine, à l’exception des week-ends et jours fériés, Jean-Pierre abandonnait donc son nid pour accomplir ses heures de travail, bénévoles sans doute, mais qui nécessitaient tout de même certains efforts, il est bon de le rappeler.
Après un rapide lustrage de plumes et quelques échauffements de gorge, il laissait sa petite famille encore ensommeillée et se rendait en quelques mouvements d’ailes sur la branche la plus basse d’un chêne voisin. Il avait choisi son lieu de travail selon des critères bien précis qu’il est inutile, ici, d’exposer, c’est donc là qu’il officiait. L’arbre était d’une taille respectable, et les glands qui alourdissaient ses branches n’étaient pas mal non plus. Parfois, un groupe de cochons sauvages, gras, velus et malodorants venaient lui rendre visite, mais Jean-Pierre s’aperçut bien vite qu’ils étaient plus intéressés par les glands gras que par sa délicate tessiture. Les grognements de plaisir de ces mammifères corpulents et peu ouverts aux délices du chant lyrique importunaient Jean-Pierre et troublaient par la même occasion ses douces mélopées. Le passereau musicien en bon diplomate avait bien essayé de leur faire comprendre que d’autres chênes aux alentours à condition qu’ils ne fussent pas occupés par quelque oiseau chanteur feraient tout aussi bien l’affaire, les goinfres malodorants ne prêtaient aucune attention à ce frêle volatile perché sur sa branche.
Jean-Pierre n’était pas une balance, je ne parle pas de son signe zodiacal, qui je crois n’affecte pas vraiment les oiseaux. Nul n'a jamais à ma connaissance établi le thème astral d’un moineau ou d’un vautour, mais je vérifierai. Je veux dire que l’intégrité de l’oiseau chanteur lui interdisait les basses actions et les remords auraient sans doute voilés son chant si pur. Il tenait ça de ses parents, qui pour être rossignols eux aussi, n’en étaient pas moins très sages. Quoi qu’il en soit, il dut se résoudre à trouver une solution à son problème. Il demanda audience auprès d’un des dieux sylvestres en charge du secteur. On lui fixa un rendez-vous deux jours plus tard, car les dieux sont toujours occupés. Un certain Sylvio au demeurant fort sympathique et très à son écoute le reçut. Le fort accent de cette divinité indiquait qu’il venait de Transylvanie. Le Sylvio, en question, avait dû repasser ses diplômes divins et finit par obtenir un C.D.I. dans la région en tant que dieu auxiliaire. Comme beaucoup de ses compatriotes qui travaillaient dans le même secteur d’activité, il n’était pas rémunéré à sa juste valeur. Sylvio appréciait particulièrement le chant de notre virtuose, il fit en sorte que cette bande de couineurs incultes s’en aille couiner ailleurs. Cela arrangea bien les affaires de notre Jean-Pierre et enchanta les charmantes petites bestioles du voisinage, qui composaient son fan-club. Tout semblait se dérouler pour le mieux et le plaisir de tous, jusqu'à ce qu’un matin…
Pour de sombres motifs financiers, les dieux sylvestres mélomanes furent tous mutés dans une région boisée lointaine où le coût de la main-d’œuvre était bien moins élevé. Ils durent accepter leurs nouvelles conditions de travail et laisser derrière eux une faune, une flore et un Jean-Pierre à leur fragile destinée. Les cochons qui n’aimaient pas la musique s’étaient vite aperçus que ce tintamarre ne distrayait plus les huiles du coin. Ils retournèrent se goinfrer sous l’arbre aux fruits si tentant, si l’on considère que le gland est le fruit du chêne bien sûr. Jean-Pierre sur sa branche vit arriver cette horde barbare à la silhouette désavantageuse, il entama de plus belle un air très compliqué.
- Qui te permet de venir ainsi troubler mon breuvage, lui dit Choukette le cochon sauvage second dans la hiérarchie de cette bande de porcs. Les autres cochons applaudirent tous à cette subtile saillie en ajoutant :
- Ouais c’est vrai ! Chouka, crut bon d’intervenir. C’était le numéro 1 du groupe, il était grabataire et perdait chaque jour, la mémoire la remplaçant par une aigreur d’un volume identique. Tous ses congénères savaient qu’il était un peu sénile, mais il était toujours respecté par les plus anciens pour son grand âge. Et aussi parce qu’ils espéraient, tous, bénéficier du même traitement plus tard, à leur tour. Chouka indiqua à Choukette que le cochon n’avait rien d’un loup, que les glands ne pouvaient en aucun cas constituer un breuvage et par conséquent qu’il devait s’être trompé de fable. Quoi qu’il en soit, il reprit les choses en main.
- Bon dit-il, petit oiseau sans importance, je te propose un marché, et toi Choukette arrête de manger quand je parle. Heu.. Voilà.. Puisqu’on est là, tous mes copains et moi, heu.. On va en profiter pour savoir si tu es vraiment digne de nous priver de petit déjeuner. Alors vas-y, balance-nous ce que t’as de mieux dans tes tiroirs et on te dit ce qu’on en pense. Il ne semblait pas apprécier à sa juste valeur le répertoire de l’illustre chanteur,.
Jean-Pierre, sans trop espérer du résultat de sa démonstration entama son plus beau chant, un air ancien qu’il avait lui-même composé. Et les notes s’envolaient dans le ciel, et jamais aucun animal rampant, sautillant marchant ou volant n’avait rien entendu de si beau. À la fin du récital quelques fouines et belettes mélomanes applaudirent à distance, mais chacun sait, que les pattes de ces gentils mustélidés sont recouvertes de petits coussinets délicats et le bruit de leurs ovations ne dépassait pas le fourré dans lequel elles se cachaient. Les bestiaux nauséabonds semblaient impassibles et avaient tous hâte de passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire continuer de se goinfrer.
- Bon, dit Chouka, t’as fait ce que t’as pu pour nous convaincre, alors, que ceux qui ont apprécié tes bruits bizarres lèvent une patte ou un jambon. Personne n’avait remué un gramme de matière grasse et de nombreuses insultes se mirent à retentir. Des huées porcines couinaient de toutes parts en d’horribles grognements, et ce n’était vraiment pas agréable à entendre.
- Je t’avais bien dit que tu étais mauvais affirma Chouka, va-t’en vite d’ici.
Le gentil rossignol regarda les cochons sans rien dire, une larme perla sous son œil. Chouka lui dit,
- Je sais, la vérité est souvent dure à entendre, mais va-t’en quand même lui répéta Chouka, sur un ton méprisant. Alors le rossignol répondit :
- Je ne pleure pas pour ce que vous pensez de mon chant, je pleure parce qu’ici désormais c’est une bande de porcs qui fait la loi. Et l’oiseau virtuose s’envola, laissant tomber derrière lui une légère plume d’un gris roux discret, mais assez joli, qui vint se poser sur la fange dans laquelle s’ébattaient déjà bruyamment les porcs.

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Chlamys


L'incertitude est l'essence-même de l'aventure amoureuse. Oscar Wilde
   
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Modifié:  3 août à 04:42 par Chlamys
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Bonjour Georges, je reste baba !
Devant ta rigueur naturaliste (je suis un brin ornithologue), devant la richesse des détails poétiques ...
Je ne peux m'empêcher aussi d'imaginer, dans les coulisses de ton texte, l'évocation de notre chère société, avec notamment, ici ses délocalisations d'entreprises ; là la prise de pouvoir par des extrémistes peu soucieux d'art et de culture ...
C'est ravissant ! Je ne regrette vraiment pas de m'être engagée dans une aussi longue lecture. Je la mets dans ma bibliothèque.
et merci.
Hélène

PS : j'oubliais, tu pourrais proposer tes services au journal 'La Hulotte". Tu sais ? Le journal le plus lu dans les terriers ...

  Vint un temps où le risque de rester à l'étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d'éclore - Anaïs Nin
Sybilla

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21 novembre
  Publié: 3 août à 11:45 Citer     Aller en bas de page



Bonjour Georges,

Magnifique conte que j'ai aimé lire !



Belle journée !
Mes amitiés
Sybilla

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Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège


Helios
   
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22 novembre
  Publié: 4 août à 21:29 Citer     Aller en bas de page

_Merci Hélène pour ta visite, j’ai toujours hâte de lire tes commentaires détaillés. Je te suis reconnaissant d’être allé jusqu’au bout, je sais que ce n’est pas facile de lire plus de 2000 caractères sur un écran. Ma petite fable est une sorte de parabole qui peut s’appliquer à différents contextes. Accepter de se soumettre au jugement des autres, suppose de s’exposer à la part d’erreur qu’il implique, bien-sûr, mais les choses ne sont pas si simples, car il n’y a pas de mesure étalon . La valeur du jugement qu’on nous adresse est toujours proportionnelle à l’importance que l’on accorde à ses juges. C’est ce que pense, je crois, ce petit rossignol sympathique, c’est pour cela qu’il s’en va voir ailleurs si l’air est plus frais. Jean-Pierre est un drôle d’oiseau qu’on apprécie mieux lorsqu’on a l'oreille exercée. Porte-toi bien, Georges.

_Merci Sybilla pour cette visite toujours aussi aimable. Amicalement, Georges

 
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