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datura ♔

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in girum imus nocte et consumimur igni



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Publiée : Aujourd'hui à 07:55
Titre : Journal intime d'il y a dix ans

Le jour décachetait son matin blanc sur le vélux de ma chambre. Auprès de moi était posé la série de livres que je lisais, et noyaient, le dos perdu comme des nénuphars, leurs feuilles rectangulaires sur l’étang de ma moquette.

J’aimais flotter entre ce moment du réveil et celui de l’endormissement, lieu propice à la création et ainsi qu’un être du dehors, je peignais de grands tableaux oniriques, tendus entre deux fils d’aurore et le cristal du souvenir d’une simple pensée d’alors.

Ma machine à écrire arrachée à l’oubli, sur le cuir de mon sous-main, enroulait son rouleau autour de lettres éparses, m’appelait au devant d’histoires extraordinaires et finirait, je le savais, par triompher de mon petit déjeuner dominical.

Je respirais chaque bercement de poussière dans le halo des premiers rayons et goûtais, littéralement à l’odeur de lavande des vieux draps. Le mérinos vert luisant étalait ses larges fleurs, souvenir d’un temps où il était tissé ici. De bien d’autres générations l'avait avant moi connu, ainsi que je m’en souviendrai plus tard, avec une certaine répulsion. Comme cette répulsion m’était alors inconnue et comme cet abandon au matin était bon !

Dans mon lourd oreiller fourré d'éder et brodé de roses.

J’habitais la maison de granite qui avait été bâtie sur le petit renflement d’une colline qui m'était toujours apparue n’être là, que pour accueillir ma maison.

Ma maison à dire vraie, ça ne l’était pas. Nous y logions et la partagions avec le club des aînés qui jouait au premier étage et j’entendais vaguement d’où j’étais le brouhaha de leurs discussions, mêlait belottes et parlotte en un flot, sans discontinuer.

Je n’entendais pas leurs paroles, je ne les percevais que comme une mélodie des temps anciens et je me les évoquais tour à tour comme respectable et maire du village et comme grenouilles de bénitier.

Il fallait traversée rapidement quand je sortais et je redoutais de les croiser, presqu’autant que le vieil escalier en bois lugubre et aux rideaux fendus qui menaient vers l’extérieur.

Je ne sais pourquoi mais la double porte, l’une donnant sur l’extérieur et l’autre sur notre partie à proprement parler, m’avait toujours fait peur et était par bien des façons, sources de mes terreurs nocturnes.

Ainsi ce matin là encore, je m’étais effrayée sans savoir pourquoi, que nous ne fermions ce passage sur ce lieu incertain, habité d’être d’un autre temps, et que ne soit définitivement et si candidement close, que l’ultime porte qui donnait à la fois sur eux et sur nous.

Bien des fois des vieillards évoquant dans mon souvenir la mort, avait grimpé cet escalier jusqu’à moi

Par bien des fois, je m’étais moi-même grondée de ces peurs ridicules et les réprimaient autant que je pus dans l’évanouissement matinal et la lumière réconfortante d’une chambre apprivoisée.

Il y avait, sur un xylophone ramené du Sénégal, un peau de lapin que j’avais moi-même tanné, sur un vieux pouf turc mes peluches qui, comme les statues d’un autel, veillaient sur moi. Je n’étais alors pas sensible à leurs provenance ou à leur matière. Elle était pour moi par delà le réel et détentrices à elles seule d’une énergie bienfaitrice et mystique.

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